Les téléphones intelligents réduisent la capacité d’interpréter le sens des informations

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Une récente étude a révélé que l’utilisation des téléphones intelligents entraînait une réduction de la capacité à analyser et interpréter le sens des informations. Mais cet effet semble transitoire, selon la nouvelle étude, qui est parue dans Applied Cognitive Psychology.

« Des étudiants et moi-même avions entendu des anecdotes selon lesquelles des gens estimaient que le fait de trop s’appuyer sur des téléphones intelligents les rendaient stupides », a mentionné l’auteur de l’étude, Peter Frost, un professeur de psychologie à la Southern New Hampshire University.

« Une étudiante a indiqué la technologie avait limité sa capacité d’attention à un point tel qu’elle sentait ne plus être en mesure de conserver suffisamment d’attention pour lire un roman en entier. Nous avons également vu des livres tels que What the Internet is Doing to Our Brains: The Shallows (Ce que l’internet fait à nos cerveaux), par Nicholas Carr, et des articles comme Is Google Making Us Stupid? (Est-ce que Google nous rend stupides?), du même auteur. »

« Nous avons constaté qu’il y avait quantité d’études sur la façon dont les téléphones intelligents réduisent certains processus cognitifs, comme l’attention, lorsque cette technologie était utilisée, mais nous étions curieux de savoir s’il existait des impacts à plus long terme sur le cerveau. »

Les chercheurs ont mené trois séries de tests pour examiner l’impact des téléphones intelligents sur les capacités cognitives. Lors de tous ces tests, les participants ont installé des logiciels de suivi sur leur téléphone pour que les scientifiques puissent confirmer leur durée d’utilisation de l’appareil.

« Nous avons constaté que les gens utilisaient leur téléphone pendant environ cinq heures et demie par jour, soit le tiers du temps d’éveil des gens! L’une de nos assistantes de laboratoire a été surprise de constater à quel point elle utilisait souvent son téléphone – soit plus d’heures que l’on pourrait en compter dans un emploi à temps plein », a indiqué M. Frost.

Une premier étude portant sur 105 étudiants de premier cycle a révélé que l’utilisation des téléphones intelligents était reliée à des résultats plus faibles en termes de délai pour la gratification et la résolution de problèmes sociaux.

Au cours de la deuxième série de tests, M. Frost et ses collègues ont découvert que les participants qui utilisaient davantage leur téléphone, à raison d’au moins cinq heures par jour, subissaient une diminution de leur capacité à interpréter et à analyser la signification d’informations.

Lors de la troisième série de tests, enfin, une réplication des conditions du deuxième ensemble d’essais, mais sur une plus longue période de temps, a d’abord permis de copier les résultats originaux, mais l’impact s’est largement estompé après quatre semaines. À la fin de la période d’essai (un mois), l’impact chez les grands utilisateurs était similaire à celui chez les petits utilisateurs, ce qui confirme que l’effet cognitif n’était que temporaire.

« Nous avons examiné si l’utilisation continuelle des téléphones intelligents modifiait la neuroplasticité du cerveau à long terme », a poursuivi M. Frost.

« En gros, nous avons constaté que bien peu d’aspects des processus cognitifs étaient affectés à long terme. »

Une étude limitée

Comme toutes les études, cette recherche comporte ses failles.

« Nous étions limités dans la durée de cette étude, en raison du large taux d’abandon anticipé si nous réglementions l’utilisation des téléphones intelligents pendant plus d’un mois. L’une des questions qui demeure en suspens est si nous aurions pu découvrir d’autres effets si nous avions contrôlé l’utilisation des téléphones pendant une plus longue durée. Certaines études d’imagerie cérébrale indiquent que la technologie peut affecter l’activité cérébrale en moins d’une semaine, mais la plupart de ces travaux impliquaient l’utilisation d’internet, et non pas de téléphones intelligents », a poursuivi M. Frost.

« Une autre question en suspens est de savoir si les résultats auraient été différents si les gens n’avaient été au courant qu’ils avaient téléchargé des applications de suivi. Nous utiliserons de tels logiciels au cours de notre prochaine étude. »

De façon surprenante, les chercheurs ont aussi découvert que l’utilisation des téléphones intelligents était associée de façon positive à certaines capacités cognitives, comme la capacité d’évaluer la crédibilité de l’information.

Cet effet positif n’aurait duré qu’une semaine, a toutefois mentionné M. Frost.

« Nous avons peut-être été influencé par un cliché qui semble accompagner l’arrivée de nouvelles technologies, et ce en remontant même jusqu’aux livres. Platon affirmait que notre dépendance envers les livres pourrait compromettre la mémoire. Il y a eu des peurs similaires exprimées à propos de la radio, des calculatrices, de la télévision, du courriel et de l’internet. Si les peurs d’effets à long terme tiennent davantage d’un phénomène social que de la réalité, nous devons souligner qu’il existe des études démontrant que les téléphones intelligents créent une dépendance et peuvent nuire aux capacités cognitives, comme l’attention. En d’autres mots, certaines peurs liées aux téléphones intelligents sont justifiées. »


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Pieuvre.ca

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