Fantasia – The Gangster, The Cop, The Devil: s’amuser à perte

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Tordu à souhait et par le fait même indubitablement coréen, The Gangster, The Cop, The Devil, présenté dans le cadre du festival Fantasia, ne veut pas nécessairement réinventer les choses, mais il s’assure certainement de livrer la marchandise et de divertir son public avec brio.

Avec un tel film et une prémisse présentant à nouveau un jeu de chat et de la souris impliquant un tueur en série imprévisible, il est facile de penser au judicieux I Saw the Devil, tout comme de s’interroger à ce qu’aurait pu devenir le scénario de Lee Won-Tae entre les mains d’un réalisateur un peu plus expérimenté, comme Kim Jee-Woon.

Certes, ce petit fantasme ne fait pas le poids face à l’annonce du fait que nul autre que Stallone serait intéressé à s’occuper du remake américain, mais fait quand même comprendre pourquoi ce crowd-pleaser efficace a été présenté hors compétition à Cannes. En s’abreuvant de violence, d’action et de cette thématique récurrente de la vengeance, il faut admettre que la production peut par moment faire pâle figure à côté de propositions de cinéastes plus accomplis tel Bong Joon-Ho et Park Chan-Wook évidemment, mais s’en tenir aux première impressions serait une erreur, puisqu’une variable non-négligeable entre rapidement en cause: le savoir-faire coréen.

Qu’importe si les airs de séries B semblent a priori appartenir davantage à un film japonais à la Sion Sono qu’à une production coréenne, rapidement, l’œuvre se dévoile toujours plus et s’appuie sur ses forces, soit ses revirements musclés, ses interprétations irrésistibles et son humour noir.

On comprend vite qu’il n’y a pas ici de prétention autre que de satisfaire un public prêt à une telle proposition et on se laisse jovialement balancer à gauche et à droite dans cette bonne façon de rafraîchir le concept du duo improbable, ce que les nombreux Stuber et compagnie n’ont certainement pas encore compris.

Puisque voilà, lorsque des circonstances inusitées à l’origine d’un engrenage impressionnant poussent un gangster et un flic mésestimé à faire équipe, rien ne va plus. Les trouvailles y sont nombreuses et l’auto-dérision constante, s’offrant quelques détours plus meta comme en essayant à tout prix d’éviter les conventions du genre avant de mieux les embrasser. Il faut entendre le chef de station vouloir ignorer la possibilité d’un tueur en série en rappelant régulièrement qu’il ne s’agit pas d’un scénario américain pour comprendre la fine intelligence derrière ces belles idées.

Quelques affiches du film

Avec un rythme bien réglé malgré un début qui se cherche un peu en essayant de bien mettre en contexte les différentes pistes de départ, on ne manque pas d’offrir quelques moments bien délirants tout comme de se laisser bercer par une jolie trame sonore par le réputé Cho Young-Wuk, prolifique compositeur et fidèle collaborateur de Park Chan-Wook justement.

Sauf que les savoureuses répliques et l’excellent sens de la répartie qui s’en dégagent ne seraient rien sans sa distribution, et celle-ci s’amuse à fond. Kim Sung Kyu est vicieux à souhait et la chimie opère à fond entre Kim Moo-Yul et Ma Dong-Seok. De fait, celui mieux connu sous le nom de Don Lee crève littéralement l’écran et fait certainement espérer une véritable confrontation avec un autre géant du cinéma coréen: Choi Min-Sik.

Certes, il est facile d’espérer quelque chose de plus ambitieux qui va au bout de toutes ces belles idées (certaines pistes sont frôlées et certains comédiens et comédiennes prometteurs mis rapidement en retrait), mais l’efficacité est indéniable. L’originalité est là et s’abreuve fort bien de genres épuisés qu’on s’amuse à mêler entre eux pour leur donner un nouveau goût qui fait du bien. The Gangster, The Cop, The Devil est donc un délire modéré auquel il est pratiquement impossible de résister.

8/10

Well Go USA Entertainment détient les droits du film et devrait lui offrir une sortie en salles, tout comme une sortie DVD et Blu-Ray dans les mois à venir.


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À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...

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