Stuber: les enfants négligés

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Rite de passage obligé à la fois pour l’ancien sportif qui transforme peu à peu sa carrière et l’acteur et humoriste habitué aux rôles secondaires, Stuber ramène de l’avant le concept usé du « buddy cop movie » s’intéressant au typique duo improbable à des fins comiques pour tirer le meilleur de sa distribution, variantes sur la prémisse selon l’époque en extra.

Tout le monde y passe et le genre continue de satisfaire les foules, qu’il s’agisse de Central Intelligence, dans les exemples récents, ou tout autre Lethal Weapon du genre. Il n’est pas surprenant non plus d’y voir le réalisateur canadien Michael Dowse se coller au concept, lui qui a l’habitude de tirer de belles choses de distributions rayonnantes, s’appropriant avec verve des genres qui ont fait leurs preuves. Alternant l’action et la romance en gardant toujours l’humour et une dose d’absurde au centre de tout, le réalisateur remet ça avec ce qui pourrait bien être sa plus grosse production à ce jour.

Dieu merci, avouons-le tout de suite, le duo fonctionne. Sans trop nous jouer la carte du « combien de temps cela prendra-t-il avant qu’ils réalisent qu’ils forment une belle équipe », le film en profite pour maintenir son rythme et garder les revirements nombreux pour que l’ennui ne se pointe jamais. Certes, l’histoire est très anodine et d’un intérêt facilement moindre, mais on ne peut pas dire qu’on s’ennuie, le charisme étant souvent au rendez-vous.

L’affiche du film

Bien sûr, les réflexions modernes sur la société apparaissent toujours comme de mauvaises infopubs (on arrête de compter assez rapidement les mentions de Uber, de ses conditions et ses possibilités, tout comme de l’application en soi ou bien les déboires des voitures électriques) et on est bien loin de l’ingéniosité d’Adam McKay, qui avait utilisé le concept pour commencer son attaque pointue sur les fautes du capitalisme avec son mésestimé The Other Guys.

On y va également assez légèrement avec les références meta, comme cette introduction où Dave Bautista retrouve l’une de ses partenaires de Marvel et des Guardians of the Galaxy, ou encore les mini-tentatives de détourner des clichés et des stéréotypes. Les rires y sont donc simplifiés et habituellement faciles, reposant habituellement sur des ressorts davantage physiques, la valeur sûre.

Un peu de profondeur

Il y a bien des clins d’œil qui ne sont pas négligeables, comme le problème de vue du policier, donnant droit à des moments assez cocasses, quoique redondants, mais c’est plus discutable lorsqu’on réalise que le tout n’est qu’une métaphore pour illustrer son incapacité à voir correctement ce qui compte vraiment dans sa vie (oui, oui, vous avez bien lu).

Puisque voilà, désir de psychologie plus ou moins développée oblige, sous ses façades de comédie d’été légère, le film ne manque de vouloir tisser quelques intrigues psychologiques plus prononcées comme une relation platonique sans avenir ou une relation père-fille en déroute. De fait, le film ne manque pas de vouloir démontrer que tout le monde, d’une façon ou d’une autre, cache sous ses barrières la blessure évidente d’une enfance perturbée. Jeune homme abusé, jeune fille délaissée, fils de patron sans ambition, il y a beaucoup de cas à y trouver, ce qui ne fait qu’alourdir un scénario assez faible qui manquait déjà de tonus et de subtilité.

Heureusement, sans trop y aller de gros cameo, on ajoute ici et là des comédiens sympathiques pour pimenter l’ensemble. Certes, on aurait aimé quelque chose de plus substantiel pour la très sympathique et aisée Nathalie Morales et un rôle un peu plus reluisant pour l’indonésien Iko Uwais (mieux connu pour les réputés The Raid: Redemption et The Raid 2), qu’on utilise surtout pour ses capacités physiques (on ne lui donne aucune réplique), mais la sympathique bouille de Jimmy Tatro demeure agréable, sorte de Adam DeVine avec un peu plus de testostérone.

Bien qu’anodin et souvent insistant (le plan final qui nous remet ça avec son histoire de cinq étoiles, notamment), Stuber est de façon surprenante pas désagréable. Il fait son boulot de crowd-pleaser et s’avère selon ses limites plus ou moins amusant à regarder quand on veut se détendre sans se casser la tête. La réalisation aisée de Dowse est vive, juste assez compétente et ponctuée d’une habituelle sélection musicale de bon goût, quoique jamais utilisée judicieusement, comme c’est le cas du talentueux compositeur Joseph Trapanese, injustement sous-utilisé.

Reste alors les comédiens qui semblent bien s’amuser, d’un Bautista bien modéré à un Kumail Nanjiani, toujours aussi irrésistible, qui nous fait continuer d’espérer que quelqu’un d’autre saura lui offrir un nouveau rôle à la hauteur de son talent comme il l’avait fait lui-même avec son fabuleux The Big Sick, dont il avait co-écrit le scénario. En attendant, on s’en tiendra à cette proposition oubliable qui aurait pu être pire, certes, mais qui ne réinvente rien.

5/10

Stuber prend l’affiche en salles ce vendredi 12 juillet.


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À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...

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