Les robots, bientôt étudiants en journalisme

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L’intelligence artificielle (IA) transforme les interactions humaines dans bon nombre d’aspects de la vie quotidienne. Si le milieu du journalisme était jusqu’à maintenant relativement épargné par cette révolution technologique, l’intégration des journalistes robots dans les salles de classe ne saurait tarder, affirment des chercheurs.

Les étudiants en journalisme et en communication doivent être versés en IA pour pouvoir écrire sur les changements provoqués par cette transformation technologique, affirme Jack Lule, professeur en journalisme et en communication à l’Université Lehigh, et Craig Gordon, fondateur et directeur chez Blueshift Research. Comprendre l’IA, disent-ils, permettra aux futurs professionnels des médias de fonctionner dans un écosystème médiatique au sein desquels des robots écriront une certaine portion des nouvelles.

Lors de la 5e Conférence annuelle mondiale sur l’enseignement du journalisme à Paris, la semaine prochaine, MM. Lule et Gordon présenteront leurs idées sur la façon dont l’IA peut être incorporée d’une façon inattendue: soit lors des cours d’introduction aux communications de masse.

« Nous avons cherché à trouver des façons pour que des éducateurs tels que nous (les deux hommes ont enseigné une version de ce cours « amélioré » grâce à l’IA), qui ne sont pas experts en informatique, puissent incorporer rapidement l’IA dans le plan d’apprentissage du journalisme », mentionne M. Lule.

« Nous voulons préparer les étudiants à non seulement pouvoir écrire sur les transformations provoquées par l’IA, mais aussi les outiller pour aider à construire l’avenir non seulement pour la société en général, mais aussi pour le journalisme. »

« L’IA va profondément transformer toutes les industries », mentionne pour sa part M. Gordon.

Un domaine en transformation

Au dire de M. Lule, l’IA transforme déjà le monde de l’information de façon importante, et ce à toute vitesse. Selon un point de vue optimiste, l’IA pourrait effectuer des tâches routinières, permettant ainsi à des journalistes d’enquêter davantage et de parler d’enjeux importants.

De nos jours, déjà, l’IA sert à rédiger de brèves nouvelles. Par exemple, Bloomberg utilise un robot pour écrire des centaines d’articles sur les résultats financiers d’entreprises, et l’Associated Press s’en sert pour produire des textes sur les matchs du baseball mineur. De son côté, le directeur des initiatives stratégiques du Washington Post a indiqué que l’IA serait bientôt utilisée pour écrire des textes personnalisés pour les lecteurs, en fonction des intérêts de ces derniers. L’IA est aussi employée pour analyser de vastes quantités de données, en aidant les journalistes à dégager des tendances ou des anomalies qui mériteraient des enquêtes ou un reportage.

L’IA, un défi humain

Dans leur classe d’introduction aux communications à Lehigh, MM. Lule et Gordon offrent un récapitulatif de ce qu’est l’IA, en plus d’évoquer sa place dans l’évolution des médias à travers le 20e siècle.

« Il est essentiel de positionner l’IA parmi les arts et les sciences humaines, parce qu’il s’agit, à la base, d’un défi humain tout autant que cela représente un défi technologique », soutient M. Lule. « Cela implique la connaissance et l’apprentissage. »

Au dire des deux chercheurs, il est urgent d’intégrer des notions d’IA dans les cours de communication et de journalisme. Pour illustrer leur propos, ils évoquent les différents innovateurs et chercheurs, comme Stephen Hawking et Elon Musk, qui disent craindre l’apparition d’une IA destructrice et dangereuse.

« Ici, nous indiquons à nos étudiants que les gens de diverses disciplines, comme la philosophie, la psychologie, le droit, l’éthique et le journalisme peuvent aider à définir et changer le cours de l’évolution de l’IA pour réduire cette menace », indique M. Lule. « Les professionnels de l’IA, qui sont souvent formés en informatique, que ce soit du côté logiciel ou matériel, ne sont souvent pas équipés pour comprendre les implications sociales, psychologiques et culturelles de l’IA. »

Après les premiers cours, et si la collecte de données est encore trop peu avancée pour en tirer de véritables conclusions, 95% des étudiants disent affirmer qu’il était utile d’en apprendre davantage sur l’IA; 95% d’entre eux estiment aussi que les journalistes devraient suivre un cours du genre.

Pour MM. Lule et Gordon, il ne reste plus qu’à convaincre leurs pairs éducateurs d’adopter leurs méthodes.


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