État-entreprise européen et socialisme américain, l’Occident à l’envers

1

Avec la montée du populisme, la droite mise sur l’efficacité pour neutraliser le politique, d’après le sociologue Pierre Musso dans le Monde diplomatique de mai. À gauche, les démocrates Bernie Sanders et Alexandria Ocasio-Cortez redéfinissent le socialisme, d’après l’historien Edward Castleton, dans le Monde diplomatique de juin.

Premier à incarner la figure du président-entrepreneur en l’espèce autoproclamé, Silvio Berlusconi élu en Italie en 1994 répondait à la nouvelle tendance internationale du début des années 1990 mettant un terme à l’opposition entre l’Union soviétique et l’Occident. Cet archétype issu de la télévision commerciale et de l’immobilier a ouvert la voie aux élections éclairs de Donald Trump en 2016 et d’Emmanuel Macron en 2017, ayant en commun d’importer le management dans le champ politique, évoquant leur expérience glorieuse en entreprise.

Sous ces présidences, la politique se réduit au charisme du président-gestion porteur de la promesse d’une action efficace. De la politique à l’État et de l’État à son chef qui décide, l’État ne devient qu’une technorationalité laissant à l’entreprise privée une légitimité nouvelle, c’est-à-dire colmater les failles du politique. Cette crise de la représentation politique traduit une transition systémique entre l’affaiblissement de l’État-nation et le renforcement de la corporation, similaire à celle que l’État-nation a fait subir à l’État-Église au Moyen Âge.

Après la Seconde Guerre mondiale, afin d’éviter les crimes et les catastrophes attribuables aux dirigeants politiques, la cybernétique et la gestion convergent pour défendre le projet d’un pouvoir automate. Un projet reprit par les grands groupes de la Silicon Valley. Au carrefour de la cybernétique, du management et du libéralisme, l’État-entreprise s’est imposé après la chute du mur de Berlin, apogée de la critique de l’étatisme.

Tenant compte de l’analyse du sociologue Pierre Musso, la tendance de surreprésentation des minorités dans les sociétés libérales, au mépris de la démocratie, ne sert-elle pas la minorité des plus fortunés?

Socialiste démocrate

Aux États-Unis, le milliardaire Warren Buffet a souligné qu’il payait un impôt proportionnellement plus faible que celui de sa femme de ménage et de son majordome.

Pourtant, les démocrates Bernie Sanders et Alexandria Ocasio-Cortez ne cherchent pas à nationaliser les secteurs clés de l’économie, note l’historien Edward Castleton. Ils dénoncent plutôt les droits d’inscription astronomiques des universités américaines, rejoignant les classes moyennes se souciant de l’avenir de leurs enfants, et du coût excessif de l’assurance médicale qui affecte toutes les classes sociales.

Sous la présidence de Barack Obama, la métamorphose de la crise financière de 2008 en l’un des plus grands transferts de richesses vers le haut de l’histoire des États-Unis a amené des militants démocrates à se tourner vers Bernie Sanders. Accompagnés de nouvelles générations d’Américains, ces militants cherchent à redéfinir la classe ouvrière moins en lien avec l’industrie et la production qu’avec la technologie et les services : enseignants, infirmières, préposés à l’entretien, employés de restaurant, etc.

Au début du 20e siècle, l’idéologie socialiste n’était pas populaire en partie parce que les travailleurs américains voulaient s’affranchir de leur classe sans concevoir l’idée que celle-ci pourrait les accompagner dans leur ascension sociale. Ils raisonnaient en ce qui concerne l’amélioration individuelle et non d’action collective. Aujourd’hui, cet embourgeoisement n’est plus réaliste.

Selon la sociologue Arlie Hochschild, le rêve américain a cessé en 1950, puisque les personnes nées avant cette date ont vu leurs revenus croître à mesure qu’ils prenaient de l’âge. Les Américains nés après connaissent l’inverse.


Autres contenus:

Près de 10 milliards d’humains sur la Terre d’ici 30 ans

Partagez

À propos du journaliste

René-Maxime Parent

Rédacteur en chef de la section Société, René-Maxime Parent s’est joint à Pieuvre.ca en 2014. Sa couverture de l’actualité internationale se partage entre l’Amérique latine et la Scandinavie. Son intérêt pour les arts visuels, le cinéma et l’architecture le conduit à parcourir la métropole québécoise régulièrement.

Un commentaire

  1. Pingback: Quand le destin de l’Amérique dépend des «superdélégués» - Pieuvre.ca

Répondre