L’information, une drogue pour le cerveau

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Vous êtes incapables d’arrêter de vérifier votre téléphone, même quand vous n’attendez pas de message important? Blâmez votre cerveau.

Une nouvelle étude de chercheurs de la Haas School of Business de l’Université de Californie à Berkeley a permis d’établir que des informations agissent sur le système de production de dopamine du cerveau, de la même façon que le font l’argent ou la nourriture.

« Pour le cerveau, les informations sont leur propre récompense, peu importe si elles sont utiles ou non », mentionne le professeur associé Ming Hsu, un neuro-économiste dont les recherches s’appuient sur l’imagerie magnétique, les théories psychologiques, la modélisation économique, ainsi que l’apprentissage machine. « Et à la manière dont nos cerveaux aiment les calories vides provenant de la malbouffe, ils peuvent surévaluer l’information qui nous fait sentir bien mais qui pourrait ne pas être utile – ce que certains appellent la curiosité vaine. »

L’étude, Common neural code for reward and information value, a été publiée ce mois-ci dans Proceedings of the National Academy of Sciences. La recherche démontre que le cerveau convertit l’information selon la même échelle qui est utilisée pour l’argent. Les travaux permettent également de mieux définir la neuroscience responsable de la façon dont nous consommons l’information, et peut-être même expliquer la dépendance numérique.

« Nous avons pu démontrer, pour la première fois, l’existence d’un code neural commun pour l’information et l’argent, ce qui ouvre la voie à une série de questions excitantes à propos de la façon dont les gens consomment, et parfois surconsomment les informations », a dit M. Hsu.

L’étude se penche sur le phénomène de la curiosité et sur la façon dont le cerveau est structuré. Si les économistes ont eu tendance à concevoir la curiosité comme un moyen pour parvenir à une fin, c’est-à-dire qu’elle possède une valeur lorsqu’elle peut nous aider à obtenir des informations permettant d’acquérir un avantage lors de la prise de décisions, les psychologues voient depuis longtemps la curiosité comme une motivation innée qui peut déclencher des actions par elle-même.

Parfois, nous voulons savoir quelque chose, simplement pour le fait de savoir.

Fouiller dans le cerveau

Pour en comprendre davantage sur la neuroscience derrière le phénomène de curiosité, les chercheurs ont examiné les cerveaux de gens jouant à un jeu de hasard. Chaque participant a joué à une série de loteries et devait décider combien d’argent il était prêt à dépenser pour en connaître davantage sur les chances de gagner.

Pour certaines loteries, l’information était utile. Dans d’autres cas, cette information ne valait pas grand chose.

La plupart des participants ont effectué des choix rationnels en fonction de la valeur économique de l’information. Mais cela n’explique pas tous leurs choix: certaines personnes tendaient à surévaluer l’information en général, et particulièrement dans le cas des loteries où les lots étaient importants. Il semble que les risques plus élevés augmentaient la curiosité des gens envers l’information offerte, même lorsque cette information n’avait pas d’impact sur leurs décisions.

Les chercheurs ont déterminé que ce comportement ne pouvait être expliqué que par un modèle qui englobait des motivations économiques et psychologiques pour obtenir de l’information. Les gens ont acquis de l’information non seulement en raison des véritables avantages, mais aussi dans l’anticipation de cet avantage, qu’il ait une utilité ou non.

Si l’étude ne s’attaque pas directement à la surconsommation d’informations numériques, le fait que les informations déclenchent le système de récompense du cerveau est une condition essentielle au fonctionnement du cycle de dépendance, soutient M. Hsu. Et cela explique pourquoi nous considérons comme si irrésistible de recevoir cette alerte indiquant que nous avons été identifié dans une photo.

« La façon dont nos cerveaux réagissent à l’anticipation d’une récompense est l’une des principales raisons pour lesquelles les gens sont susceptibles au clickbait« , poursuit le chercheur. « Tout comme la malbouffe, cela pourrait être une situation où les mécanismes d’adaptation sont exploités, maintenant que nous disposons d’un accès sans précédent à des nouveautés et à des curiosités. »


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