Naviguer entre les écueils de la recherche au collégial

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Il n’y a pas que dans les universités qu’on fait de la recherche. Les enseignants du collégial s’activent eux aussi, mais les obstacles sont nombreux: il y a un manque de financement et parfois d’espace de travail ou de participants.

« Le réseau est mûr et il y a beaucoup d’initiatives, mais elles manquent encore de visibilité et de subventions », résume Lynn Lapostolle, directrice générale de l’Association pour la recherche au collégial (ARC) et co-organisatrice d’un colloque qui, à l’Acfas en mai, ciblait plus particulièrement la formation de la relève.

Les premiers efforts plus politiques commenceraient à porter leurs fruits : de nombreux programmes de financement soutiennent la recherche au collégial — par exemple, le Programme de recherche et d’expérimentation pédagogiques ou le Programme d’aide à la diffusion des résultats de recherche au collégial. De plus en plus souvent, des initiatives encouragent en plus les chercheurs à ouvrir la porte de la recherche à leurs élèves, tels que, les Prix étudiants chercheurs-étoiles de l’ARC soutenus par les Fonds de recherche du Québec. « Il faut répandre l’idée auprès des jeunes qu’ils peuvent y participer dès le collégial, mais aussi auprès des professeurs », relève la chargée de projet de l’ARC, Hélène Tardif.

Au Cégep de la Gaspésie et des Îles, c’est une chose entendue. La toute nouvelle option Recherche-études sera lancée cet automne sur les quatre campus et au sein des trois centres collégiaux de transfert de technologie (CCTT) dans des domaines aussi divers que l’aquaculture, les sciences humaines et les sciences de la nature. Seize étudiants sont attendus, soit près de quatre par campus.

« Nous allons mettre l’étudiant au cœur du projet pour qu’il développe des compétences en recherche et de l’intérêt pour en faire après le cégep. Et même s’il ne devient pas un chercheur, les acquis d’éthique ou de créativité lui seront toujours utiles », lance Danka Cormier, directrice intérimaire de l’École des pêches et de l’aquaculture du Québec et responsable du projet.

Une table d’institutions de recherche à laquelle participeront des étudiants assurera la gestion de ce projet pilote. Les étudiants auront accès à une liste de projets de recherches mais pourront aussi s’impliquer dans des activités périscolaires, telles que des formations à l’éthique ou la présentation de travaux de recherche au sein de colloques.

Un élève de l’école des pêches et de l’aquaculture pourra ainsi devenir technicien au CCTT des pêches tout comme un étudiant en sciences sociales pourrait évaluer les impacts des éoliennes sur les populations locales en lien avec le TechnoCentre éolien. « Sans compter les retombées pour l’enseignement, car les professeurs et la conseillère pédagogique impliqués pourront trouver des manières d’articuler ce projet avec ce que les étudiants apprennent en classe. C’est une manière de rapprocher le monde de la recherche et celui de l’école », ajoute Mme Cormier.

« Près de trois jeunes sur quatre vont faire un travail en lien avec leurs études, cela peut alors leur permettre de tester leur intérêt et leurs habiletés et même leur ouvrir des portes sur des opportunités d’emploi », renchérit Lynn Lapostolle.

Des chercheurs aux besoins particuliers

De nombreux secteurs sont en attente d’une relève formée et intéressée à joindre les rangs de leurs équipes d’ingénieurs ou d’informaticiens chevronnés, des garçons comme des filles.

Cela s’étend jusqu’aux étudiants en situation de handicap : au Collège Dawson, à Montréal, le Réseau de recherche Adaptech rassemble des chercheurs, des étudiants et des consommateurs pour mener à bien des études sur la réalité de ces étudiants collégiaux et universitaires.

La participation de ces jeunes chercheurs, comme assistants de recherche ou stagiaires s’avère profitable sur bien des plans. « Cela enrichit le processus. Nous avons tout de suite le point de vue des jeunes sur le sujet choisi et les interrogations à privilégier », explique la co-directrice d’Adaptech et chercheuse au département de psychiatrie de l’Université McGill, Catherine Fichten.

Ses recherches portent sur l’accessibilité des technologies de l’information et de la communication en éducation postsecondaire mais aussi sur les facilitateurs et les barrières à la réussite scolaire des élèves handicapés.

Par contre, il est parfois difficile de recruter des personnes avec handicap au sein de l’équipe ou comme participants. « C’est une étiquette que les étudiants n’aiment pas : pourtant près d’un étudiant sur cinq s’auto-déclare avec handicap lorsqu’il s’inscrit au cégep », rappelle la Pre Fichten.

Les principaux obstacles à ce type de recherche seraient plutôt financiers: l’importance de décrocher des subventions et d’obtenir du temps avec un dégagement des tâches d’enseignement. Le Collège Dawson soutient toutefois adéquatement le réseau Adaptech, selon la chercheuse, en leur procurant des espaces de travail équipés pour poursuivre sa mission.

Plus d’adultes au collégial

Quant aux adultes, ils sont plus nombreux que jamais à fréquenter les collèges, avec une augmentation de 39% entre 2007 et 2016. Ces étudiants de 24 ans et plus présentent un plus faible taux de diplomation — 40% contre 63% pour les 17-18 ans — et possèdent des besoins différents. « Ils ont souvent une vie de famille mais aussi plus de stress financier que leurs cadets », relève le professeur en sociologie du Collège Notre-Dame-de-Foy, Éric Richard.

Sans compter que la cohabitation entre les adultes et les plus jeunes ne se passe pas toujours très bien. « Ils se plaignent de l’immaturité et du manque de motivation des plus jeunes. Ils aimeraient que les enseignants fassent un peu plus de discipline en classe », soulève Isabelle Lapointe Therrien.

Cette réalité en expansion est-elle compatible avec la recherche? « Ils manquent de temps et vont surtout s’investir dans les études. C’est même difficile de les recruter comme participants car ils n’ont pas de temps pour ça », soutient le Pr Richard.


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Agence Science-Presse

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