Hollywood menteur: divine Marilyn

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Après le magistral Indélébiles paru il y a quelques mois à peine, Luz ouvre cette fois-ci le capot de la machine à rêve hollywoodienne pour présenter une Marilyn Monroe telle qu’on ne l’a jamais vue, avec l’album Hollywood menteur.

Véritable icône de la culture populaire, Marilyn Monroe est âgée de 34 ans lorsqu’elle se rend dans le Nevada en juillet 1960 pour y tourner The Misfits, le tout dernier film de sa carrière.

Bien que le personnage de Roslyn Taber ait été écrit spécifiquement pour elle par son époux de l’époque, le dramaturge Arthur Miller, la star est insatisfaite du rôle, qu’elle juge trop superficiel, et du métier d’actrice en général. Se retrouvant prise entre un réalisateur qui flambe des dizaines de milliers de dollars de la production chaque soir au casino, un Clark Gable perpétuellement saoul ne manifestant que du mépris à son égard, un Montgomery Clift hanté par les souvenirs de l’accident de voiture où il a perdu ses dents, et un mariage battant de l’aile, Marilyn est de plus en plus malheureuse, et le tournage deviendra un calvaire pour la femme qui rêvait d’être davantage qu’un simple sex-symbol.

La couverture de l’album

Avec Hollywood menteur, Luz ne se contente pas de donner un accès privilégié aux coulisses du film The Misfits (un « faux western » qu’il avoue avoir visionné une vingtaine de fois) et de dévoiler des tonnes de secrets de tournage sur ce classique du cinéma: il se sert de cette production particulièrement tumultueuse pour livrer une allégorie sur l’âge d’or d’Hollywood et son « industrie du rêve », qui a surtout contribué à définir les rôles réservés à chacun des sexes dans la société. Bien qu’on y retrouve John Huston, Arthur Miller, Clark Gable ou Montgomery Clift, l’album brosse avant tout un portrait très humain et touchant de Marilyn Monroe, dévoilant que l’actrice a tenté de se suicider pendant le tournage, ou qu’elle souffrait de dyspareunie, une maladie transformant toute pénétration en torture et l’empêchant d’avoir des relations « normales », ce qui est plutôt ironique pour un sex-symbol.

Une page de l’album

Contrairement à Indélébiles (lire notre critique ici), un album volumineux, mais de petit format, Hollywood menteur est imprimé sur de grandes pages de 230 par 325 mm, ce qui permet d’apprécier à leur juste valeur les magnifiques compositions graphiques de Luz. Dans son style unique au trait fauve, il reprend des scènes célèbres du film, souvent sous un angle différent, mais injecte aussi une bonne dose d’onirisme à ses planches, en mettant en images les fantasmes de Marilyn Monroe, ou les cauchemars de Montgomery Clift, peuplés de voitures accidentées et du fantôme de James Dean. On apprécie les façons inventives qu’il trouve pour incorporer le nom The Misfits au début de chaque épisode, que ce soit à travers la crinière d’un cheval, dans les feuilles d’un arbre, ou sur la face de dés roulant sur une table de jeu. Virginie Despentes conclut en beauté cette tranche d’histoire, avec une postface vraiment intéressante, et fichtrement bien écrite.

Il n’est pas nécessaire d’être familier avec The Misfits pour apprécier pleinement cette bande dessinée de Luz, mais après avoir lu Hollywood menteur, vous ne verrez certainement plus jamais le film de John Huston, ou Marilyn Monroe, de la même façon.

Hollywood menteur, de Luz. Publié aux Éditions Futuropolis, 112 pages.


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À propos du journaliste

Patrick Robert

Cinéma, musique, jeux vidéo ou bandes-dessinées, Patrick partage sa passion pour la culture populaire depuis plusieurs années à travers les critiques, les entrevues, ou les textes d’actualité qu’il signe pour de nombreux médias, parmi lesquels le blogue de Ztélé, La Vitrine, Le Coin du DVD, et évidemment, Pieuvre.ca.

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