Les scientifiques doivent sauter dans le ring de la désinformation

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Sur les réseaux sociaux et tout autour de nous, science et pseudoscience se côtoient. « Quand je lis des choses comme l’eau miraculeuse des sportifs, cela ne me donne pas toujours envie de sauter dans l’arène, même si cela reste nécessaire de le faire », résume la professeure au département des sciences biologiques de l’Université Bishop’s et co-organisatrice du colloque de l’Acfas sur la communication de la recherche, Estelle Chamoux.

« Le climat socioculturel actuel contribue à la promotion du paranormal. C’est une bataille perdue d’avance, l’adepte des pseudosciences affirme sans prouver et c’est moi qui dois démontrer qu’il se trompe », résume pour sa part le professeur titulaire à l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal, Serge Larivée.

La faute va en partie à ce fameux biais de confirmation qui nous permet de prendre des raccourcis utiles, mais qui nous trompe si souvent. « Le cerveau est une machine à générer des croyances. Il veut faire du sens rapidement, ce qui va renforcer ce qu’il pense être vrai, mais qui n’est qu’un biais trompeur », ajoute le chercheur. Le biais de confirmation, analysait longuement le Pr Larivée dans un article, contribue à créer des automatismes mentaux : utile pour gagner du temps et pour réduire les émotions négatives liées à la remise en question d’idées qui nous sont chères…

Redonner confiance dans la science

Mais la faute en revient aussi à une barrière qui semble s’être dressée entre le public et la science. Les scientifiques ont souvent du mal à communiquer de manière simple et accessible, tandis que les personnes perçoivent les experts comme une voix parmi tant d’autres.

Ce qui peut contribuer à la méfiance, croit la Pre Chamoux: « La société québécoise possède en moyenne un niveau de littératie scientifique peu élevé, correspondant à primaire 4-5. C’est pour cela qu’il y a une forte méfiance et un désintérêt élevé, et que beaucoup de gens adhèrent aux théories du complot ».

Le manque de littératie scientifique deviendrait même un problème de santé publique, par exemple lorsqu’il détourne les parents de la vaccination. « Les inquiétudes peuvent être légitimes mais sur les réseaux sociaux, n’importe quel gourou va monopoliser le débat en faisant primer l’émotionnel sur le rationnel. Alors que le scientifique va répondre par des données probantes, les anti-vaccins vont culpabiliser les mères avec des arguments infondés », relève encore la Pre Chamoux.

Alors que Serge Larivée avait documenté dans une étude, en 2013, la place grandissante des pseudosciences au sein des librairies, rayons des enfants compris, il apparaît que même les écoles et les universités ne sont plus à l’abri. « Quand un salon de l’ésotérisme se donne dans une école secondaire ou qu’un médium donne une conférence dans une université, cela apporte de la crédibilité à ce genre de choses. L’école a aussi son autocritique à faire », relève l’étudiante en biologie de l’Université Bishop’s — et ancienne naturopathe — Sonya Anvar.

L’un des moyens d’amener la science auprès des gens serait de bâtir un lien direct entre leurs préoccupations et les connaissances scientifiques — comme apprennent à le faire les vulgarisateurs professionnels et les journalistes scientifiques. Pour cela, les scientifiques doivent sauter dans l’arène. « Il faut les outiller pour qu’ils s’y sentent à l’aise, peut-être en commençant par un blogue ou une page YouTube. Ils doivent être présents sur les réseaux sociaux », ajoute encore Estelle Chamoux.

Un autre moyen de redonner confiance en la science, c’est de multiplier les initiatives citoyennes. Avec la plateforme sur les tiques et la maladie de Lyme que Sonya Anvar a mise sur pied, les habitants du Québec, de l’Ontario et du Nouveau-Brunswick peuvent participer en mettant une photo et la localisation de la tique recueillie sur leur animal ou sur eux.

Cette démarche scientifique participative permet du coup à la personne d’en apprendre plus sur ce qu’est la science, à l’image de ceux qui participent aux recherches cliniques. Parce que, explique Sonya Anvar, se familiariser avec la manière dont la science se construit permet à cette personne de mieux comprendre ce qu’est vraiment la science.


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