Gloria Bell, la beauté de la maturité

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Pratique de plus en plus courante, le réputé cinéaste Sebastián Lelio s’est vu refaire son propre film à Hollywood, délaissant sa langue d’origine pour le rendre « plus accessible ». Si les remakes n’ont pas toujours la cote, il a réussi à insuffler beaucoup de beauté à Gloria, renommé ici Gloria Bell, une œuvre pourtant déjà prometteuse.

Soyons honnête, l’exercice était inutile. Bien que le film original nous ait laissé plutôt indifférent à l’époque, la performance de Paulina García était certainement lumineuse. Nul doute que le choix tout indiqué d’offrir ce très beau rôle à nul autre que Julianne Moore, également productrice exécutive ici, contribue au succès inattendu de ce remake particulièrement réussi. Mme Moore est une actrice bien accomplie qui vient nous subjuguer.

Ses collègues sont également les bienvenues. Si Michael Cera en jeune père ne fonctionne pas vraiment, on apprécie beaucoup la présence de John Turturro et Rita Wilson notamment.

Certes la base est essentiellement la même, tout comme les situations et les revirements; de plus, le rythme divaguant dans l’errance, la normalité et le manque de piquant de la vie d’une femme dans sa cinquantaine ne risquent probablement pas d’intéresser d’avantage ceux qui n’avaient pas décollé avec l’original. Néanmoins, à l’instar du mésestimé Let Me In, sublime relecture de Let The Right One In, Lelio en a profité pour soigner sa propre technique et maîtrise pour livrer un film formellement impeccable et séduisant avec une chaleur et une humanité mieux approfondies.

Comme quoi la frigidité du cinéaste, qui donne souvent l’impression de ne pas aller assez en profondeur dans ses sujets, sujets toujours essentiels, cela dit, a certainement gagné beaucoup d’avoir son propre scénario réécrit par une femme, apportant une dimension bien plus riche de par la plume de Alice Johnson Boher. Un détail certainement essentiel pour un film s’intéressant après tout à une femme singulière, mais accessible, dont le récit était pourtant à la base raconté par deux hommes.

Ainsi, si les cinéastes ont l’habitude de refaire équipe avec leurs collaborateurs habituels, ce ne fut pas entièrement le cas ici. C’est peut-être ce qui explique pourquoi cette relecture s’avère aussi surprenante et satisfaisante. Ainsi, Lelio ne s’est pas occupé du montage et l’a plutôt laissé entièrement entre les mains de Soledad Salfate, permettant un rythme d’avantage soutenu et resserré et une durée écourtée d’au moins dix minutes, un choix certainement non-négligeable.

Il y a aussi, au-delà de la trame sonore multipliant les gros hits, l’ajout gagnant de compositions originales aux limites fantaisistes de Matthew Herbert. Lui qui, ironiquement, a été de pratiquement tous les longs-métrages du cinéaste, sauf Gloria. Enfin, il y a surtout l’apport considérable de la directrice photo Natasha Braier, cette artiste immensément talentueuse qui a travaillé entre autres sur The Rover et The Neon Demon, et qui se retrouve ici à composer des cadres magnifiques où la lumière et les couleurs surprennent toujours là où on les attend le moins. Des éléments qui aident à ajouter beaucoup de poésie à un projet qui avait visiblement certainement besoin de cette petite touche plus artistique et moins naturaliste.

La pochette du coffret

La pochette du coffret

L’édition DVD vient avec une piste audio en français, mais il n’y a que l’édition Blu-ray qui bénéficie de nombreux suppléments tel des commentaires audio du cinéaste, des entrevues et des segments making of.

Gloria Bell n’apporte donc rien de nouveau sur la table, mais au mieux, il trouve le moyen d’améliorer, si ce n’est de magnifier le projet d’origine. Lelio profitant grandement de l’expertise qu’il a certainement gagné en cinq ans et en deux films, dont un oscarisé, tout autant acclamés. Puis, il y a aussi ces magnifiques dernières minutes d’une remarquable liberté.

6/10

Gloria Bell est disponible en DVD et blu-ray via VVS Films dès aujourd’hui.


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À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...

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