Booksmart, la vie au temps de la récréation

1

À l’instar des films pour enfants, les films pour adolescents sont de plus en plus faits pour séduire un public plus mature et ce savoureux Booksmart est non seulement incroyablement de son époque, mais une remarquable recommandation, autant pour son public cible que ceux qui ne se sentent pas nécessairement concernés. Bref, une succulente réussite à découvrir de toute urgence.

Difficile d’y aller autrement que de voir cette proposition comme le penchant féminin de Superbad, surtout que si le film de Greg Mottola mettait en vedette Jonah Hill, on y retrouve cette fois sa sœur en tête d’affiche, soit l’irrésistible Beanie Feldstein.

Associée aux films sur l’adolescence qui voient au-delà du sujet, mais aussi sur des élans de féminisme non négligeable, Feldstein poursuit sa carrière cinématographique sans faux pas après le mésestimé et pourtant brillant Neighbors 2: Sorority Rising et l’intemporel Lady Bird, pour enfin trouver ce premier rôle qu’elle méritait tant.

Tout ici est question de nuances et la proposition va au-delà de la prémisse de ces premières de classe qui décident de s’offrir ce qu’elles se sont toujours interdit: la débauche du plaisir. On va judicieusement au-delà des stéréotypes habituels des films sur l’école secondaire et on laisse entendre que tout le monde a sa propre valeur et même son potentiel, peu importe les préjugés qu’on peut s’être créés.

Merci à l’intuition épatante de l’actrice Olivia Wilde qui impressionne considérablement pour cette première réalisation, où elle y a d’ailleurs inclus son conjoint, le toujours agréable Jason Sudeikis, afin de mettre en scène le scénario très solide de quatre femmes qui ont toujours eu la cause féminine à cœur.

Féminisme, intelligence, amitié au pluriel et au féminin, le désir d’être apprécié et accepté, l’amour, bref, toutes les victoires et les échecs y passent et, à l’instar du grandiose Eighth Grade de l’an dernier, Booksmart s’attaque à la chasse aux apparences pour s’approprier le film d’adolescents et le transformer en véritable montagne russe de délires (Adam McKay et Will Ferrell sont quand même au générique à titre de producteurs exécutifs).

Si l’un de ces films ne jurait que pour son réalisme et la justesse du microcosme dépeint, la proposition qui nous intéresse n’a pas peur de dépasser les limites du réel et de se lancer à fond dans quelque chose de beaucoup plus hollywoodien et accessible. Il y a des élans plus ridicules, absurdes, une séquence sous influence de substances qui s’étirent un peu, d’autres arrangés avec le gars des vues et cette vision très bourgeoise de l’adolescence avec de la richesse qui abonde à chaque coin de rue.

Pourtant, même si ses acteurs sont un peu plus vieux et qu’on favorise la folie pour mieux supporter cette généreuse et souvent hilarante comédie, elle dépeint néanmoins un univers auquel on peut adhérer, évoquant la bonhomie et la diversité éloquente des 21 Jump Street et 22 Jump Street, sans condescendance et avec une appréciation et une compassion évidente pour son sujet.

Apatow oblige, Superbad priorisait l’irrévérence et l’inconscience et n’amenait son affectueuse moralité que bien plus loin dans sa durée. Booksmart n’a pas cette même prétention. Il veut d’abord et avant tout divertir, sans toutefois oublier d’instruire et de lancer des messages, ou tout simplement de dépeindre des réalités avec le plus d’aisance possible. Le rythme y est ainsi soutenu et évite de trop s’étirer; il y a des passages qui donnent carrément dans le vidéoclip, les couleurs sont vives, la trame sonore est accrocheuse et va dans tous les sens (un party d’ados qui joue du Perfume Genius? Mille fois oui, merci!), et on n’éclipse jamais ses points d’ancrage, soit son savoureux duo de personnages principaux, et ce malgré la ribambelle de merveilleux personnages secondaires.

C’est que la distribution aide beaucoup. On a déjà parlé de Feldstein, mais il ne faut pas pour autant réduire l’immense talent de Kaityin Dever qui prouve à nouveau toute son éloquence, plus réservée, mais pas pour autant négligeable. Et si l’on inclut quelques adultes, comme un duo irréprochable formé de Lisa Kudrow et Will Forte, ou la très décontractée Jessica Williams, on ne les laisse jamais voler la vedette des plus jeunes qui s’approprient tout le terrain de jeu avec bonheur et facilité. Évitant du même coup l’égalité des âges que l’hilarant Blockers réussissait pourtant magnifiquement.

On surveillera donc de près ces noms et ces visages puisqu’on risque de voir régulièrement les Noah Galvin, Billie Lourd, Molly Gordon, Skyler Gisondo et compagnie.

Booksmart s’inscrit alors dans un mouvement qu’on suit avec la plus belle attention, soit non seulement celui de magnifier dans l’authenticité l’une des périodes les plus difficiles de notre vie (ou du moins comme on semble le croire quand on la vit!), mais aussi celui de laisser la parole à ceux et celles qu’on a trop souvent négligés. Une comédie éclatée et, pourtant, qui touche toutes ses cibles avec toute la réussite de véritables ingénues.

8/10

Booksmart prend l’affiche en salles ce vendredi 24 mai.


Autres contenus:

HAK_MTL, plongée dans le numérique pernicieux

Partagez

À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...

Un commentaire

  1. Pingback: La petite enquête qui n’intéressait personne - pieuvre.ca

Répondre