Un « État des choses » philosophico-loufoque

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Le théâtre, c’est une scène, des acteurs, un texte et des objets. La compagnie théâtrale de la Pire Espèce s’est donné pour mission de porter plus particulièrement son attention sur les objets. L’anatomie de l’objet no 5 : L’état des choses, un cabaret spectacle présenté au théâtre aux Écuries à Montréal, est une proposition réjouissante, enlevée, musicale, comique et je dirais surtout philosophico-loufoque. Après avoir assisté à un tel spectacle, les objets qui nous entourent ne seront plus jamais vus de la même manière…

Dix artistes sur scène, trois musiciens, plusieurs acteurs et actrices, et deux maîtres de cérémonie – capables de se dédoubler voire davantage – pour cette 5e édition de l’Anatomie de l’objet.

Monsieur Poulpe, le grand professeur de l’Académie de l’objet, et son disciple Marcus, vêtus de manière identique avec de multiples objets sur eux (moustache, lunettes, gilet, pochette…) ressemblent un peu à Laurel et Hardy. Ils expliquent dans leur langage savant tout ce que l’Objet avec un grand O, objet de l’œuvre qui nous est présentée, dévoile de ce qui se trame dans des dimensions parallèles, dans son pouvoir de construire un pont entre le concret et l’abstrait, entre l’utile et l’inutile.

Un peu à la manière du Collège de Pataphysique et de ses pataphysiciens célèbres, les deux compères ne font pas que présenter les différentes et nombreuses saynètes qui, dans la tradition du théâtre de marionnette (lui-même une sous-catégorie du théâtre d’objet), mettent en vedette des objets de la vie quotidienne, mais nous offrent mille réflexions fort savantes sur ces objets qui nous entourent et que nous ne remarquons même plus.

L’objet : plus fort que la littérature, plus fort que le texte de la pièce de théâtre, plus fort même que les acteurs qui ne font que semblant de mourir sur la scène tandis que les objets, eux, se brisent et disparaissent. Voilà à quoi le spectacle nous aide à réfléchir et, comme le dit monsieur Poulpe, il force « notre matière grise à sortir de sa grisaille ».

Pas de grisaille dans ce spectacle à la fois drôle et stimulant, absurde, loufoque et plein d’esprit.

En usant d’installations plus ou moins complexes et élaborées, avec parfois une caméra qui se contente de dédoubler en direct et dans la même dimension certains des petits sketchs, les sujets les plus hétéroclites sont abordés : du samouraï attaqué dans une auberge à la dégustation d’une banane, en passant par la capacité d’un rouleau à pâtisserie à tourner comme une toupie ou aux pensées de Raymond, une petite figurine, qui se voit chez lui et dans son quotidien.

« Objets inanimés, avez-vous donc une âme? » Il semble bien que oui. C’est en tout cas la thèse que le théâtre de la Pire Espèce est capable de soutenir et de manière rafraichissante dans cette cinquième édition de l’Anatomie de l’objet.

L’anatomie de l’objet no 5 : L’état des choses, du 21 au 25 mai 2019, au Théâtre aux Écuries.

Texte: Olivier Ducas, Mathieu Gosselin, Alexandre Leroux et Francis Monty

Mise en scène: Olivier Ducas et Francis Monty

Distribution: Étienne Blanchette, Jérémie Desbiens, Olivier Ducas, Mathieu Gosselin, Alexandre Leroux, Francis Monty, Karine St-Arnaud et Marie-Ève Trudel


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À propos du journaliste

Sophie Jama

Anthropologue, écrivaine, journaliste

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