Un Schpountz québécois pour adapter Pagnol

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On voit de plus en plus d’adaptations de films cultes à la scène théâtrale. Pour celle du Schpountz de Pagnol, qui est présentée au Théâtre du Rideau Vert, Emmanuel Reichenbach a transposé toute l’action et les références au Québec.

Le résultat, qui comporte une bonne part d’autodérision, est drôle et divertissant. Si Rémi-Pierre Paquin, dans le rôle-titre, a du mal à concurrencer le génial Fernandel, sa prestation est très honorable et le spectateur passe un moment des plus agréables.

« Un artiste, c’est juste un Schpountz qui a réussi » déclare l’oncle de Théo (très bien interprété par Raymond Bouchard), à la fin de la pièce. Mais cet happy end ne va pas de soi pour ce récit qui commence un peu comme Le dîner de cons.

Car il s’agit d’une farce qu’une équipe de cinéma a l’habitude de faire aux naïfs qui s’imaginent non seulement être capables d’exercer le métier d’acteur, mais en plus d’y avoir du talent.

De passage dans un village de la Côte Nord, l’équipe entre dans la petite épicerie de l’oncle de Théo et de son frère qu’il a recueillis à la mort de leur père. Si le frère de Théo est travailleur et seconde hardiment son oncle dans son affaire, Théo rêve de Shakespeare et de Tchekhov et s’imagine dans un premier rôle dramatique. Il est bien le candidat rêvé pour un pseudo contrat d’acteur qui lui ferait jouer le rôle du Schpountz.

Mais Théo est non seulement naïf, mais obstiné dans sa naïveté. Et c’est paradoxalement ce défaut appuyé qui va finalement le sauver.

Quand tout le monde dans son entourage a bien compris qu’on se moquait de lui, quand certains des farceurs viennent même l’avertir du piège dans lequel il est tombé, lui continue à croire en sa bonne étoile et part pousser les portes de la maison de production située bien loin de son lieu de vie, à Montréal.

Avec une multiplication de quiproquos et de malentendus, la rencontre de personnages hauts en couleurs, comme la productrice impeccablement interprétée par Linda Sorgini, Théo finira par non seulement rencontrer le succès, mais aussi l’amour. Il reviendra dans son village un peu comme l’enfant prodigue mais inversé. Celui que son oncle disait être non pas « bon à rien, mais mauvais à tout », se révèlera finalement très bon acteur comique alors qu’il s’imagine interpréter des rôles dramatiques…

Si Le Schpountz québécois n’est ni du Shakespeare ni du Tchekhov, c’est cependant une belle prestation de neuf bons acteurs, joyeux et enlevant, y compris dans les changements de décor en musique auxquels tous contribuent en dansant.

Le Schpountz, du 7 mai au 8 juin 2019 au Théâtre du Rideau Vert.


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À propos du journaliste

Sophie Jama

Anthropologue, écrivaine, journaliste

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