SOFIA, de Meryem Benm’Barek: délit de grossesse

1

Scénarisé et réalisé par Meryem Benm’Barek, SOFIA sortira ce 10 mai en salles, au Cinéma Beaubien et au Clap de Québec en version originale française et arabe, et au Cinéma du Musée en version sous-titrée en anglais. Lors du Festival de Cannes de 2018, le film avait reçu le Prix du meilleur scénario de la section Un certain regard.

Le film de Meryem Benm’Barek s’ouvre sur une fin de repas. L’heure est aux affaires. Ahmed, un ami du père de Sofia, propose à celui-ci de s’associer à son exploitation agricole. Une opportunité qui permettrait à cette famille marocaine d’élever son statut social.

Alors qu’elle prépare les figues pour le dessert, Sofia (Maha Alemi) est prise de violentes crampes au ventre. Sa cousine, Lena (Sarah Perles), est interne en médecine. Après une brève auscultation, elle se rend compte que Sofia a fait un déni de grossesse et que celle-ci va accoucher. Mais Sofia n’est pas mariée… Selon l’article 490 du Code pénal marocain, «sont punies de l’emprisonnement d’un mois à un an, toutes personnes de sexe différent qui, n’étant pas unies par les liens du mariage, ont entre elles des relations sexuelles».

Un mariage pour sauver les apparences

Les deux femmes sont alors contraintes de trouver un hôpital où Sofia pourra enfanter clandestinement. Terne et presque silencieux, l’accouchement laisse notre protagoniste morose, apathique, désemparée. Madone éclairée aux néons bleutés, Sofia tient sa fille dans ses bras, mais ne la regarde pas. Pas de repos, pas de répit, il faut désormais trouver le père, le convaincre d’épouser Sofia, de reconnaître l’enfant.

La suite des événements révèle le poids des traditions, le fardeau d’un honneur qu’il faut garder sauf, la peur de l’humiliation et du qu’en-dira-t-on, la victoire de certains intérêts sur l’amour et sur la justice. Dans ce drame, tant Sofia qu’Omar (Hamza Khafif), son futur époux, sont victimes d’un système patriarcal qui jette l’opprobre sur les relations sexuelles. Meryem Benm’Barek soulève avec justesse les dérives d’une loi hypocrite qui brise les destinées, sans pour autant porter aux nues l’un ou l’autre de ses personnages.

«Je ne porte aucun jugement. Je rends compte simplement d’une réalité: 150 femmes accouchent hors mariage chaque jour au Maroc, elles encourent la prison, elles sont stigmatisées et leurs enfants aussi.», explique la réalisatrice. Lorsque le film s’achève, reste en nous un profond sentiment d’injustice.

SOFIA, de Meryem Benm’Barek, en salles dès le 10 mai 2019.


Autres contenus:

Never Look Away – Quand sensibilité et barbarie s’entrecroisent

Partagez

À propos du journaliste

Stéphanie Linsingh

Diplômée en journalisme, Stéphanie s’est ensuite formée à l’histoire du rock, à la critique théâtrale et à la communication web. Passionnée par la culture (arts de la scène, littérature et expos en tête), elle a des fourmis dans les doigts – mais pas d’araignée au plafond, c’est déjà ça – et elle adore apprendre de nouvelles choses (danser le swing, coudre, tricoter…).

Un commentaire

  1. Pingback: HAK_MTL, plongée dans le numérique pernicieux - pieuvre.ca

Répondre