Le signal du promeneur, rire quand tout s’écroule

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Ils se promènent depuis plus de sept ans déjà sur les planches des théâtres pour donner le signal, ces cinq garçons en parka. Né de travaux exploratoires pendant les cours au Conservatoire de Liège en Belgique, le spectacle Le signal du promeneur, une cacophonie joyeuse du Raoul collectif présentée à l’Usine C, est un acte politique, presque utopique, une invitation à la résistance. Une sorte de cri de détresse pour un réveil poétique des consciences.

Au fond d’une clairière, à la lumière de leurs lampes frontales, cinq individus en capuche se retrouvent isolés de la folie des hommes. Autour d’une grosse pierre, ils chantent. Avant de s’éparpiller chacun de son côté. Sur un plateau sombre, dans un décor de bric et de broc, de tabourets et de lampes en aluminium, il reste un piano autour duquel les dix mains se rassemblent, parfois.

Entre temps, un homme n’a pas pu se rendre à son examen de médecine après s’être levé un matin pétrifié et paralysé. Un autre – peut-être le même – est accusé de multiplies homicides. Une chenille s’est doucement transformée en papillon. Un chevalier du moyen-âge nous a démontré, épée en main, les bienfaits du travail en entreprise. « Qu’est-ce qu’il s’est passé? » On ne le saura jamais précisément mais il est question des répercussions d’un système sociétal dont les injonctions contradictoires brisent ses hommes et détruisent la nature. Le second degré est de mise et même si la pièce a certaines longueurs, l’humour absurde finit toujours pas nous attraper.

Le signal du promeneur est follement engagé, esthétiquement déglingué, débridé sur le plan narratif. Si des bribes d’histoires de vie singulières se retrouvent vaguement compilées dans un fait divers inspiré de faits réels, il ne faut pas chercher dans cette pièce une narration cohérente. Ce sont plutôt des échappés, des débordements, un laisser-aller cathartique qui fait du bien quand autour de nous tout s’écroule. Car l’insensé lui, semble continuer d’aller bon train dans le monde. « Qu’est-ce qu’il s’est passé ? » L’écriture collective donne à cette pièce des couleurs de mosaïque cassée, rafistolée.

Fatras non-ordonné où se mêlent destins individuels, luttes collectives, réactions radicales, délires incohérents. La beauté de cette construction dramatique et scénique tient en ce qu’elle réussit à fabriquer un récit choral tout en laissant la place aux singularités. Chez les Raoul chacun invente, propose, improvise si bien que tous les univers des créateurs se retrouvent unis dans une partition d’ensemble qui marche. En avant pour l’action, ou l’inaction assumée peut-être. On a la choix. Mais dans la joie et la fantaisie. On ressort du théâtre ragaillardi(e)s.

Le signal du promeneur, à l’Usine C


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À propos du journaliste

Mathilde Perallat

Mathilde Perallat vient de France, et plus particulièrement de Provence. Avant de s’installer à Montréal, elle a passé plusieurs années dans la capitale culturelle française où elle s’est nourrie de théâtre, de danse et de cirque en forte quantité – autant que de qualité. C’est aussi par sa propre pratique des arts du cirque, en tant que danseuse aérienne, qu’elle est tombée amoureuse des arts de la scène. Formée en sociologie et en gestion, et doctorante à Concordia dans une recherche sur le rôle social que peut porter le cirque, Mathilde s’inspire et nourrit son âme et son esprit de spectacles en tous genres tout en continuant à se forger un esprit critique, cette critique qui fait si bien la réputation de son pays, pour le meilleur et pour le pire. Elle sait néanmoins mettre de l’eau dans son vin (selon les circonstances) et tente de donner des avis qui mesurent regard personnel et mise en perspective, toujours dans une grande ouverture.

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