La liberté de presse toujours menacée dans un monde qui dérive vers l’autoritarisme

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Restrictions officielles, mainmise de l’État sur les organes d’information, élection de leaders populistes – quand ils ne se réclament pas carrément de l’extrême droite –, contestations judiciaires… la liberté de presse est en bien mauvaise posture en cette année 2019, déplore Reporters sans frontières (RSF) dans son rapport annuel, où le Canada se classe en 18e position.

Cette année encore, la peur est au coeur des préoccupations de l’organisation RSF. La peur instillée chez les journalistes par des arrestations ou des poursuites arbitraires, quand il ne s’agit pas simplement de faire disparaître les fouineurs et les empêcheurs de tourner en rond du « quatrième pouvoir ». La peur, aussi, en encourageant les fausses nouvelles ou en incitant les citoyens à se méfier des organes de presse.

« Si le débat politique glisse subrepticement ou manifestement vers une ambiance de guerre civile, où les journalistes font figure de victimes expiatoires, les modèles démocratiques sont en grand danger, explique Christophe Deloire, secrétaire général de RSF. Enrayer cette mécanique de la peur est une urgence absolue pour les femmes et les hommes de bonne volonté, attachés aux libertés acquises au long de l’histoire. »

Sans surprise, les premières places du palmarès de RSF sont occupées par des pays européens, et plus précisément par des pays scandinaves. La Norvège, la Finlande et la Suède forment le trio de tête des 180 nations examinées. Viennent ensuite les Pays-Bas, le Danemark et la Suisse.

Au dix-huitième rang, tout juste après le Luxembourg et devant l’Uruguay, le Canada conserve sa position du précédent palmarès, en 2018. Le cas de Marie-Maude Denis, poursuivie pour la forcer à révéler l’identité de ses sources dans un reportage pour l’émission Enquête, à Radio-Canada, fait tache sur le bilan canadien. Idem pour le jugement de la Cour suprême en faveur de la Gendarmerie royale du Canada, qui a forcé un journaliste de Vice à remettre l’ensemble de ses communications avec une source.

Le voisin du Sud, les États-Unis, perd trois places et se retrouve en 48e position. La rhétorique plus que virulente du président américain Donald Trump envers les « fake news » – les médias qui rapportent des faits qui sont « opposés » à sa vision du monde – et la multiplication des violences contre les journalistes et autres travailleurs des médias, entre autres avec une fusillade au sein du Capital Gazette, au Maryland, qui a fait quatre morts chez le personnel journalistique, ont plombé la liberté de presse dans ce pays.

Au total, la situation est jugée « bonne » pour la liberté de presse dans à peine 8% des pays examinés par RSF. Seize pour cent des pays sont jugés « satisfaisants », mais la très forte majorité des nations du globe entretiennent une relation au mieux problématique, au pire « très grave » avec les représentants des médias, les reporters et autres journalistes.

« Menaces, insultes et agressions font désormais partie des “risques du métier” de journaliste dans de nombreux pays. En Inde (140e, -2), où ceux qui critiquent l’idéologie nationaliste hindoue sont qualifiés d’éléments « anti-indiens » dans le cadre de campagnes de cyberharcèlement, six journalistes ont été assassinés en 2018. Au Brésil (105e, -3), depuis la campagne électorale, la presse est devenue une cible pour les partisans de Jair Bolsonaro, tant sur le terrain virtuel que physique », lit-on encore dans le rapport.

Sans surprise, les dictatures les plus brutales du monde, la Chine, l’Érythrée, et la Corée du Nord, sont les moins ouvertes au concept d’une presse libre et indépendante. Pyongyang n’est cependant pas le pire élève en la matière: le Turkménistan, qualifié de « trou noir de l’information », ferme la marche. Arrestations, torture et agressions y sont monnaie courante.


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À propos du journaliste

Hugo Prévost

Cofondateur et rédacteur en chef de Pieuvre.ca, Hugo Prévost se passionne pour le journalisme depuis l'enfance. S'il s'intéresse surtout à la politique, à la science, à la technologie et à la culture, Hugo n'hésite pas non plus à plonger tête première dans les enjeux de société, l'économie ou encore les loisirs et le tourisme. Hugo est également membre de l'équipe éditoriale de Pieuvre.ca.

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