La Face cachée de la Lune: chronique d’un classique

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Voilà une vingtaine d’années que La Face cachée de la Lune alterne entre les scènes d’ici et d’ailleurs. Interprétée par Yves Jacques, l’oeuvre de Robert Lepage, qui en signe le texte et la mise en scène, s’installe au Théâtre Jean-Duceppe jusqu’à la mi-mai.

À la fois hommage aux pionniers de la course à l’espace et regard sur deux frères que tout sépare, La Face cachée de la Lune est partie intégrante du paysage théâtral québécois. À un point tel, en fait, que l’on peut pratiquement tenir pour acquis que la pièce continuera de tourner ici comme à l’étranger, d’autant plus que la pièce représente une porte d’entrée idéale pour apprivoiser l’univers éclaté de Lepage.

Entre ces frères Philippe et André, donc, point d’amour perdu, mais plutôt une incompréhension qui s’éternise, le tout mâtiné de frustrations. L’un est un éternel chercheur, incapable de faire adopter sa thèse de doctorat sur l’exploration spatiale, grand timide devant l’éternel et grand angoissé de l’existence. L’autre est plus terre à terre, est plus qu’heureux d’affirmer à qui le veut bien qu’il est un « annonceur vedette » de la chaîne météo et que dans la vie, l’argent, c’est important.

Seul sur scène, Yves Jacques multiplie les personnages en se donnant pratiquement la réplique à lui-même. La tâche pourrait être ardue pour une nouvelle oeuvre, ou peut-être pour un comédien moins expérimenté, mais voilà très longtemps que l’acteur interprète Philippe, André et tous les autres, et cela se voit: M. Jacques est ici en territoire connu, et l’artiste sait prendre ses aises.

Au-delà du texte, ce qui frappe, d’abord, c’est cette utilisation extraordinaire de la scène et des possibilités scénographiques du Théâtre Jean-Duceppe. On connaît bien sûr Robert Lepage pour ses mises en scène surprenantes, étonnantes, voire époustouflantes, et La Face cachée de la Lune permet de percevoir le décor comme s’il s’agissait d’un deuxième personnage à qui Yves Jacques donne la réplique. Tout est animé, constamment en mouvement, avec une machinerie huilée qui démarre au quart de tour.

Jeu sans failles, mise en scène plus qu’efficace… on pourrait croire que La Face cachée de la Lune est parfaite. Cependant, impossible de ne pas constater certaines longueurs dans cette pièce de 2h10, ou, plutôt, impossible de ne pas remarquer qu’il existe un certain fossé entre l’ambiance créée par la mise en scène et certains moments plus imaginatifs de la pièce, comparativement aux répliques relativement banales et terre à terre des différents personnages. Peut-être s’agit-il de l’objectif de Robert Lepage, c’est-à-dire de confronter nos problèmes de simples mortels à la grandeur du cosmos, mais force est d’admettre que plutôt qu’accéder au transcendant, La Face cachée de la Lune nous garde résolument sur le plancher des vaches.

La Face cachée de la Lune, texte et mise en scène de Robert Lepage, avec Yves Jacques. Au Théâtre Jean-Duceppe jusqu’au 11 mai, avec supplémentaires les 27 avril, 4 mai et 5 mai.


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À propos du journaliste

Hugo Prévost

Cofondateur et rédacteur en chef de Pieuvre.ca, Hugo Prévost se passionne pour le journalisme depuis l'enfance. S'il s'intéresse surtout à la politique, à la science, à la technologie et à la culture, Hugo n'hésite pas non plus à plonger tête première dans les enjeux de société, l'économie ou encore les loisirs et le tourisme. Hugo est également membre de l'équipe éditoriale de Pieuvre.ca.

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