Ce débat sur la laïcité qui marginalise le politique

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Comment s’opposer à la volonté du gouvernement caquiste de mettre un terme à un débat déchirant mêlant opportunisme et sentiment d’appartenance qui dure depuis une dizaine d’années? Pourtant, l’application du projet de loi 21 de même que les multiples réactions pour et contre ne se soucient pas de la souveraineté de l’État, rien à voir avec l’au-delà. 

À écouter le sociologue Gérard Bouchard interviewé à l’émission 24/60 diffusée par Radio-Canada le 9 avril, la mise sur pied d’un projet de loi sur la laïcité devrait être l’occasion pour tous les Québécois de s’interroger sur la citoyenneté afin de redéfinir le cadre du vivre ensemble en tant que société distincte. Bien que l’enjeu concerne le contrat social du Québec, chaque acteur cherche à tirer la couverture du bien commun de son bord, incluant le gouvernement caquiste, dont le projet de loi ressemble à un contrat à négocier: retirer le crucifix du Salon bleu en échange du plus vaste consensus à l’Assemblée nationale.

Le texte collectif signé par 250 universitaires contre le projet de loi 21 publié dans Le Devoir du 5 avril n’est certainement pas l’héritage du siècle des Lumières. «Loin de toute neutralité, c’est le contraire que fait ce projet: valider les préjugés, profiter des groupes minorisés, alors même que ces groupes sont l’objet de pratiques et de normes discriminatoires tant dans les institutions publiques que sur le marché de l’emploi», peut-on lire dans la lettre rédigée par l’Observatoire international sur le racisme et les discriminations (OIRD).

Aucun savant de ce collectif impressionnant par son nombre ne s’est penché sur le fait que les écoles privées soient exclues du projet de loi. Ainsi, les enseignants qui ne veulent pas se départir de leurs signes religieux pourront exercer leur métier sans contraintes dans ces écoles qui reçoivent un financement public. Les signataires du texte n’ont qu’à compter dans leurs propres rangs les professeurs qui ont fréquenté l’école publique pour prendre conscience de cette injustice économique qui discrimine les jeunes par rapport à leur situation professionnelle.

Le gouvernement majoritaire de la Coalition avenir Québec (CAQ) va-t-il troquer le financement public contre le retrait des signes religieux dans les écoles privées? S’il croit à la laïcité de l’État, ce serait cohérent comme manœuvre, philosophiquement parlant.

Que ce soit par la Charte des valeurs du Parti québécois ou le laisser-aller du Parti libéral passant par une vague neutralité (loi 62), les lendemains et surlendemains de la Commission sur les accommodements raisonnables, dont le rapport final a été rendu public le 22 mai 2008, ont planté un débat identitaire, alors que la souveraineté de l’État de droit est en péril en Amérique du Nord. Les opposants au projet de loi 21, qu’ils émettent des déclarations grossières ou qu’ils cherchent des études scientifiques pour éviter les dérapages autoritaires, n’ont pas d’alternative politique à proposer.

Pourquoi ne pas donner un moment de répit au ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, Simon Jolin-Barrette, en retournant le problème de la laïcité de l’État, tel que débattu, ainsi que la sauvegarde des droits fondamentaux garantie par la Charte des droits de la personne envers le néolibéralisme canadien et l’influence de la puissance mondiale, les États-Unis?

Pétrole et virtualité

Le Monde diplomatique du mois d’avril propose deux cas problématiques qui ne relèvent ni du religieux ni de la laïcité, mais qui conditionnent le politique dans son entièreté. Portent-ils atteinte aux droits fondamentaux?

Le philosophe Alain Deneault aborde le cas de la famille Irving, qui exploite tout ce qui peut l’être dans un périmètre bien circonscrit: la province du Nouveau-Brunswick. Les conflits d’intérêts qui découlent de cette situation semblent caricaturaux: les médias se font essentiellement l’écho des positions de la famille dans absolument tous les champs de la vie sociale et industrielle. L’empire contourne l’impôt et gère le patrimoine forestier. Il y a moins de transparence et de consultations publiques sur ce territoire qu’au Kurdistan ou au Guatemala, d’après le spécialiste international de la corruption politique, Donald Bowser.

Le sociologue Eric Klinenberg critique la priorité des multinationales de la Silicon Valley de ne pas inciter les gens à s’aventurer dans l’univers des rencontres physiques afin de les pousser à rester derrière leur écran, alors que ces compagnies connaissent la valeur de véritables interactions sociales en aménageant des lieux destinés à l’agrément et au confort de leurs cadres supérieurs. La création d’infrastructures sociales privées permettant aux entreprises de prospérer se fait au détriment d’équipements publics dans les environs qui ont un besoin urgent de rénovation, incluant les bibliothèques, les librairies et les commerçants.

En prenant en compte le peu d’intérêt que la CAQ porte à l’environnement et le projet de loi 17 touchant le milieu du taxi donnant le feu vert à des modèles d’affaires déloyaux, doit-on s’inquiéter lorsque le gouvernement évoque la clause dérogatoire pour imposer la laïcité?


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À propos du journaliste

René-Maxime Parent

Rédacteur en chef de la section Société, René-Maxime Parent s’est joint à Pieuvre.ca en 2014. Sa couverture de l’actualité internationale se partage entre l’Amérique latine et la Scandinavie. Son intérêt pour les arts visuels, le cinéma et l’architecture le conduit à parcourir la métropole québécoise régulièrement.

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