Une amende de 50 millions de dollars pour un éditeur de fausses revues

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L’un des plus importants éditeurs de publications scientifiques frauduleuses vient d’être frappé d’une amende de 50 millions de dollars.  

Il s’agit des publications appelées dans le milieu, depuis une dizaine d’années, « revues prédatrices », parce que la spécialité de leurs « éditeurs prédateurs » consiste à envoyer quantité de courriels à quantité de chercheurs à travers le monde, les invitant à soumettre n’importe quel article — lequel sera publié à tous les coups, moyennant paiement. Autrement dit, ils ne révisent pas ce qu’ils publient et ne vérifient rien. Le « modèle d’affaires » fonctionne: il y a suffisamment, aux quatre coins du monde, de chercheurs désespérés de pouvoir remplir leur « ratio » de publications, et ces revues n’ont pas d’édition imprimée.

Or, l’éditeur le plus connu derrière ces arnaques, Omics International, qui opère depuis l’Inde quelque 700 revues — et organise même des faux congrès — vient d’être frappé, devant un tribunal américain, par une amende de 50 millions de dollars pour « pratiques d’affaires trompeuses ». La poursuite avait été déposée en 2016 par la Commission fédérale du commerce (Federal Trade Commission ou FTC) contre les compagnies Omics et iMedPub LLC — cette dernière étant celle qui organise les congrès — toutes deux dirigées par la même personne, Srinubabu Gedela. Le jugement est accompagné d’une injonction permanente quant à la poursuite des activités de la compagnie, du moins sous leur forme actuelle.

La grosse difficulté derrière cette poursuite était de faire accepter à la juge de la cour du district du Nevada qu’il s’agissait bel et bien d’une seule et même entité avec deux adresses, l’une en Inde, l’autre au Nevada. Les observateurs notent cette semaine que des poursuites semblables, contre de plus petites compagnies, pourraient s’avérer impossible depuis les États-Unis ou l’Europe, si elles n’ont qu’une adresse postale à l’étranger.

La poursuite de la FTC, peut-on lire dans le jugement, a en partie appuyé sa preuve sur le travail de journalistes qui, en 2012 et 2016, ont soumis à plusieurs de ces revues des articles inventés de toutes pièces — et qui ont été acceptés pour publication. De la même façon, en 2016, un journaliste du Ottawa Citizen a soumis un article « inintelligible » contenant des erreurs grammaticales et des mots inventés. Le journal de la partie défenderesse a publié l’article sans l’éditer et sans contacter l’auteur avant publication. Après avoir passé en revue ces cas, l’experte de la FTC, Joyce Backus, a conclu que les articles n’étaient pas sujets à une révision par les pairs.

Selon le New York Times, l’avocat de M Gedela aurait l’intention d’en appeler du jugement.


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