Une Société des poètes disparus pour apprendre à être

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Difficile liberté, ce titre d’un ouvrage de Lévinas, s’adapterait bien au contenu de la pièce de Tom Schulman, La Société des poètes disparus, montée avec bonheur au Théâtre Denise-Pelletier dans une très belle mise en scène de Sébastien David.

Dans la prestigieuse et austère Académie de Welton, les étudiants en uniforme répondent à la discipline et travaillent assidûment, en espérant plus tard intégrer une grande université. Mais lorsque surgit M. Keating, un professeur non conformiste aux méthodes d’enseignement peu orthodoxes, les étudiants découvrent une autre manière de voir et de se comporter.

Comment apprendre à penser? À exister? À ne pas se limiter à ce que l’on est? À devenir un être libre? Le tout alors que l’entourage, l’institution ou la société nous contraignent à vivre selon ses lois… Le sujet est toujours et sans doute éternellement d’actualité. Et c’est un vrai défi que tente de relever Keating, cet ancien élève de Welton revenu comme professeur prendre une sorte de revanche sur ce qu’il a vécu naguère. Lui qui se fait appeler Ô Capitaine, mon Capitaine, le meneur tiré d’un poème de Walt Whitman, ouvre efficacement l’esprit de ses jeunes et fragiles élèves. Efficacement et peut-être trop rapidement, car cette ouverture sur le monde et ses possibilités aura aussi ses effets malheureux et même tragiques.

On se rappelle le film magnifique de Peter Weir avec Robin Williams dans le rôle du professeur. Le défi est de taille de rendre les décors, les foules d’étudiants, les nombreux lieux et situations de l’œuvre lorsqu’elle est montée sur une scène de théâtre. Or, Sébastien David y réussit magistralement avec une scénographie paradoxalement très sobre, mais belle et très créative, le tout accompagné d’une troupe d’acteurs superbes et émouvants.

Peu de décors donc – en apparence – dans cette version de l’œuvre; pas de vidéos non plus qui évoqueraient la foule des étudiants ou de leurs parents venus assister à la cérémonie d’accueil dans l’institution. Le spectateur est poussé à imaginer et il voit encore mieux que si tous les décors étaient devant ses yeux. La scène est traversée par des sortes de marches d’escaliers qui servent à la fois de banc d’écoles, de montagne ou de chemins vers la grotte de la société des poètes. Car tout est dans la suggestion que produisent à la fois l’éclairage et le son qui entourent le jeu parfait des acteurs, de leur garde-à-vous, quasi militaires, à leurs danses effrénées sur des musiques de l’époque.

Et ce qui symbolise le plus cette liberté que certains des élèves acquerront sans doute trop vite, c’est le personnage espiègle et menteur, joyeux et fantasque de Puck dans Le songe d’une nuit d’été de Shakespeare. En filigrane du texte de la pièce, cette autre pièce qui évoque le rêve et la mort, donne toute sa profondeur à la représentation de cette œuvre magnifique sur une scène de théâtre.

La salle remplie de jeunes spectateurs était très justement enthousiaste à la fin de la représentation. Ce fut pour tous un grand moment d’intelligence et d’émotion. La Société des poètes disparus au théâtre Denise-Pelletier est une œuvre riche et belle à proposer à tous les publics.

La Société des poètes disparus, du 20 mars au 26 avril 2019 au théâtre Denise-Pelletier.

Texte: Tom Schulman

Traduction: Maryse Warda

Mise en scène: Sébastien David

Avec: Mustapha Aramis, Jean-François Casabonne, Patrice Dubois, Gérald Gagnon, Maxime Genois, Simon Landry-Désy, Étienne Lou, Anglesh Major, Alice Moreault et Émile Schneider


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À propos du journaliste

Sophie Jama

Anthropologue, écrivaine, journaliste

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