Théâtre – La rencontre improbable d’un universitaire et d’une coiffeuse

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Rita, une coiffeuse de 29 ans; Frank, un universitaire, professeur de littérature dans la soixantaine: deux êtres que tout oppose, mais qui vont tout de même se rencontrer. Que peut-t-il en résulter? Bien davantage que tout ce que chacun des deux pouvait imaginer. C’est ce que raconte la pièce L’éducation de Rita de Willy Russel, présentée au Théâtre du Rideau vert.

Frank est un professeur sans doute réputé et savant, mais désabusé et alcoolique. Il n’est pas devenu le poète qu’il espérait, celui qui ressemblerait à tous ceux qu’il a si patiemment étudiés. Dans son chic bureau d’universitaire, les livres qui tapissent ses murs ne l’intéressent désormais que pour révéler la cachette de ses bouteilles de whisky. Il ne voit plus le tableau érotique accroché près de sa table de travail et évite de regarder la pelouse du campus à travers sa grande et lumineuse fenêtre. Divorcé, il n’a jamais hâte de rejoindre l’ancienne étudiante avec laquelle il vit maintenant.

Et voilà que Rita débarque soudainement dans sa vie. Dans le cadre d’un programme proposé par l’Université populaire, pour offrir à des décrocheurs de l’école secondaire une nouvelle chance, Rita est candidate et elle veut étudier. La route est longue. Elle est issue d’un milieu très populaire, et tout dans sa manière de parler, ses références, ses raisonnements… tout cela semble démontrer non seulement qu’elle n’y arrivera jamais, mais qu’avec Frank, rien ne pourra passer.

C’est le contraire qui advient. Rita n’a pas d’instruction, ce qui ne l’empêche pas d’être charmante et d’avoir beaucoup de jugement, d’intelligence et de bon sens. Elle a surtout une soif immense de s’instruire, la volonté de travailler et de découvrir ce monde totalement inconnu d’elle et dont elle n’imagine même pas l’étendue.

Ce cheminement de Rita vers le savoir intellectuel va transformer sa vie et lui donner enfin le sentiment d’exister. Frank, tellement réticent à l’idée de se prêter à ce rôle d’éducateur avant de rencontrer la jeune femme, va rapidement être séduit par son enthousiasme et sa vitalité. Lui ne se sent plus exister depuis longtemps et il ne s’en rendait même pas compte.

Dans un très beau décor du bureau de Frank, les journées de rencontres se succèdent pour ce duo parfaitement bien interprété. Émilie Bibeau est une délicieuse Rita, pleine de pureté, drôle, naturelle et gentille. Benoît Gouin est un impeccable Frank, blasé et cynique, toujours revêtu de son même « uniforme » de prof, et dont la chevelure de « vieux beau » ne manquera pas d’être remarquée par la coiffeuse….

L’éducation de Rita est une belle pièce, portée par un texte drôle et intelligent. La mise en scène de Marie-Thérèse Fortin de l’œuvre de Willy Russel dans une traduction de Maryse Warda en propose une excellente version au Théâtre du Rideau Vert à Montréal.

Une pièce de / Traduction de Willy Russell et Maryse Warda

Mise en scène Marie-Thérèse Fortin

Avec Émilie Bibeau et Benoit Gouin

L’éducation de Rita, du 19 mars au 20 avril 2019, au théâtre du Rideau Vert.


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À propos du journaliste

Sophie Jama

Anthropologue, écrivaine, journaliste

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