The Hummingbird Project, le combat pour soi

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Le prolifique cinéaste québécois Kim Nguyen se réinvente une fois de plus et renoue avec l’humour dans son film le plus accessible jusqu’à présent, le tout en se payant de jolies vedettes qu’il pousse au sommet de leurs capacités. The Hummingbird Project n’est rien de moins que fascinant et savoureux.

Après avoir flirté avec le réalisme magique, le psychotronique et le drame éprouvant, notamment, Kim Nguyen a voulu s’adoucir tout en adoptant la langue de Shakespeare pour s’offrir deux romances inusitées. L’une, glaciale (Two Lovers and a Bear), et l’autre, chaleureuse (Eye on Juliet). Envahis de bons sentiments qui l’emportaient sur la logique acceptable, quoique visuellement réussis et emplis d’une épatante débrouillardise, ces deux longs-métrages écartaient le cinéaste de son score de bons coups, lui qui revenait pourtant bredouille des Oscars avec son inoubliable Rebelle.

Il fait donc bon le voir retourner vers ce qu’il connaît le mieux: un drame tordu, quoique foncièrement humain, ancré dans un contexte historique qu’il s’approprie comme bon lui semble. C’est que bien qu’entièrement fictive, la proposition du Hummingbird Project donne constamment l’impression de raconter une histoire qui dépasse la fiction, trop incroyable pour être vraie. Et pour le bonheur des uns et le malheur des autres, si le réalisateur ne s’empêche pas des éclats de folie, il ne dérive pas dans le délire, comme dans son mésestimé Truffe.

Les écarts fantaisistes s’avèrent encore moins suggérés que dans La cité et on offre un film qui a autant d’intemporalité dans ses thématiques (le typique combat entre David et Goliath, comme le film le mentionne si bien comme comparatif) qu’il appartient à son époque face à son sujet. On le sait, avec des films comme The Wolf of Wall Street et The Big Short, l’intérêt pour le monde de la finance est bel et bien présent et la petite folie de Nguyen fait du bien à voir.

Certes, le film s’embourbe un peu dans son dernier acte, qui donne beaucoup trop dans la simplicité volontaire rédemptrice et dans les bons sentiments un peu trop faciles (Nguyen étant un impardonnable rêveur romantique), mais cela n’empêche pas à l’œuvre de nous offrir énormément de plaisir. Tout comme de moments hypnotisants, surtout au fur et à mesure que la démence l’emporte sur le démesuré et que les enjeux deviennent de plus complexes et les buts, inaccessibles.

C’est que la réalisation est vive, le montage particulièrement allumé et les compositions de Yves Gourmeur vont dans tous les sens évoquant autant Daniel Pemberton que Theodore Shapiro, notamment. C’est également toujours un honneur de voir Kim Nguyen poursuivre sa collaboration avec le directeur photo Nicolas Bolduc, enrobant avec grâce un film qui s’avère certainement sans failles sur le plan technique.

Mieux, si le film peut s’avérer un peu alourdi en ce qui concerne l’intrigue – qui essaie quand même de rendre ses complications plus financières et mathématiques assez accessibles au commun des mortels – il laisse surtout énormément de place à sa distribution prestigieuse pour respirer avec aise tout en s’empoisonnant les uns les autres. On aurait aimé voir davantage la lumineuse Sarah Goldberg découverte dans la série télévisée Barry, mais on aime bien retrouver Michael Mando dans un rôle qui l’éloigne plus ou moins des téléséries complémentaires Breaking Bad et Better Call Saul. Et si Jesse Eisenberg implose et explose tout à la fois, Alexander Skarsgaard en contre-emploi est délirant dans sa manière d’habiter entièrement son personnage jusque dans les moindres recoins de ses postures et tiques. Toutefois, c’est Salma Hayek qui enflamme tout sur son passage, elle qui n’a jamais eu peur du ridicule, mais qui trouve un rôle beaucoup plus consistant que ce qu’on lui offrait par exemple dans The Hitman’s Bodyguard.

The Hummingbird Project est donc un excellent délire. Un film réglé au quart de tour qui, à l’instar de ses personnages, se perd un peu en cours de route alors que l’ensemble vient rejoindre les idéaux et les désagréments de Don Quichotte. Imparfait, certes, mais jubilatoire à plus d’une occasion.

8/10

The Hummingbird Project prend l’affiche en salles ce vendredi 22 mars.


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À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...

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