Dans les annales criminelles du Québec avec L’affaire Delorme

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En reprenant une sordide mais véridique histoire criminelle datant du siècle dernier, Michel Viau et Grégoire Mabit signent une chronique d’époque qui se dévore comme un roman policier, avec L’affaire Delorme.

Le 7 janvier 1922 au petit matin, un cadavre est retrouvé près d’un cabanon de la voirie municipale à Notre-Dame-de-Grâce. Abattu de six balles dans la tête tirées à bout portant, la victime est un étudiant de 21 ans sans histoires nommé Raoul Delorme. L’enquête est confiée à Georges Farah-Lajoie, un policier d’origine syrienne considéré comme le meilleur détective de Montréal. Rapidement, les soupçons se portent sur le frère du défunt, Adélard Delorme, un individu au comportement excentrique exerçant le métier de… curé! Alors que les preuves contre l’Abbé s’accumulent, l’Église mettra de la pression sur les autorités policières afin qu’on cesse « d’harceler » l’un de ses représentants, et fera tout pour discréditer Farah-Lajoie. Après tout, comment concevoir qu’un homme de Dieu commette non seulement un meurtre, mais un fratricide?

La couverture de l’album

L’assassinat de Raoul Delorme a marqué l’Histoire du Québec, autant par l’aspect sordide du meurtre que par le fait qu’un Abbé se retrouve au banc des accusés, et Michel Viau et Grégoire Mabit nous font revivre ce feuilleton criminel passionnant avec L’affaire Delorme. Extrêmement bien documentée, la bande dessinée relate l’enquête, où la science balistique sera utilisée pour la première fois en Amérique, ainsi que les procès que subira l’Abbé Delorme. En plus d’aborder l’énorme influence du clergé sur la société en général et d’utiliser Laurie Dawson, une journaliste au National, pour traiter du sexisme de l’époque, l’intrigue présente un héros fort intéressant en Georges Farah-Lajoie, un détective originaire de Syrie que l’on accusera de vouloir « manger du curé », et qui sera victime de menaces et de racisme de la part de ses collègues comme de la population. Comme quoi, plus ça change…

Une page de l’album

Bien qu’il existe peu de traces photographiques des événements, Grégoire Mabit compense en utilisant le dessin pour recréer le Québec d’antan. Ses figures historiques, comme l’Abbé Delorme ou le détective Farah-Lajoie, ressemblent beaucoup aux photos qu’on possède d’eux, et il rend toute sa beauté à l’hiver québécois, avec ses chutes de flocons paresseux, ses toits enneigés et sa fumée réconfortante s’échappant des cheminées. D’un trait fluide et réaliste, il reproduit les rues de Montréal et leurs tramways, le Quartier général de la police et le Palais de justice de 1922, ou une Ville St-Michel ressemblant à un petit village rural. Bien que l’album soit en noir et blanc, l’artiste se sert des teintes de gris pour approfondir ses illustrations, et il insère plusieurs découpures de journaux d’époque (La Patrie, La Presse, The Montreal Gazette, etc.) à travers le récit.

C’était une excellente idée de puiser dans les annales criminelles de la province pour en tirer une bande dessinée, et à travers ce simple fait divers, c’est toute la société québécoise du siècle dernier que dépeint L’affaire Delorme.

L’affaire Delorme, de Grégoire Mabit et Michel Viau. Publié aux Éditions Glénat, 156 pages.


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À propos du journaliste

Patrick Robert

Cinéma, musique, jeux vidéo ou bandes-dessinées, Patrick partage sa passion pour la culture populaire depuis plusieurs années à travers les critiques, les entrevues, ou les textes d’actualité qu’il signe pour de nombreux médias, parmi lesquels le blogue de Ztélé, La Vitrine, Le Coin du DVD, et évidemment, Pieuvre.ca.

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