Green Book, la route de l’amitié

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Si vous n’avez pas eu l’occasion de voir le touchant long-métrage de Peter Farrelly au cinéma, vous pouvez enfin vous rattraper avec la sortie Blu-ray et DVD de Green Book, le meilleur film de 2018 selon l’académie des Oscars.

New York, 1962. Videur au Copacabana, une boîte de nuit fréquentée par la mafia italienne, Tony Vallelonga est forcé de se trouver un autre boulot afin de subvenir aux besoins de sa famille lorsque l’endroit ferme temporairement pour rénovations. Répondant à l’offre d’emploi d’un certain Docteur Shirley, il a la surprise de sa vie en rencontrant un Noir riche, qui habite un luxueux appartement au-dessus de Carnegie Hall et possède un doctorat en musique. S’apprêtant à effectuer une tournée de huit semaines à travers différentes villes du sud des États-Unis, le virtuose cherche un chauffeur capable de faire face à l’adversité durant ce périple comportant sa part de risques. Tony acceptera le poste pour des raisons purement alimentaires, sans se douter que ce voyage changera la vie des deux hommes à jamais.

La pochette du boîtier

En apprenant que Green Book s’articule autour d’un musicien afro-américain et de son chauffeur blanc en tournée dans l’Amérique de 1962, la plupart s’en feront une idée avant même de l’avoir vu, mais détrompez-vous. Bien que la ségrégation serve de toile de fond à son intrigue et que le film emprunte son titre à un vieux guide touristique qui s’adressait aux voyageurs de couleur se rendant dans le sud des États-Unis, le racisme n’est pas le sujet principal de cette histoire vraie. Scénarisé en partie par Nick Vallelonga, le fils de Tony, le long-métrage déjoue les attentes, en se concentrant surtout sur les liens que tisseront ces deux hommes que tout séparait, et leur improbable amitié, qui durera plus de cinquante ans. Ils s’éteindront d’ailleurs à trois mois d’intervalle l’un de l’autre en 2013.

Les personnages de Green Book défient les stéréotypes, surtout Donald « Doc » Shirley, un pianiste afro-américain élégant, distingué et un brin hautain. Mahershala Ali livre une performance inoubliable dans le rôle de ce virtuose donnant des concerts dans des endroits où l’on n’acceptait pas de le servir, qui pouvait être roué de coups et acclamé dans une même ville, et qui refusait de jouer du blues ou de manger du poulet frit afin de ne pas prêter flanc aux préjugés. Complétant ce duo des plus dépareillé, un Viggo Mortensen bedonnant interprète (dans un italien impeccable à l’occasion) Tony Vallelonga, un sympathique prolétaire avec autant de bagou que de préjugés, et peu de compréhension pour le monde des arts. Illustrant à la perfection les contrastes entre les deux hommes, les échanges dans la voiture sont souvent hilarants.

Image tirée du film

À l’exception du cultissime There’s Something About Mary, le cinéaste Peter Farrelly est surtout associé à des comédies oubliables, mais il signe ici un grand film, tout en nuances, et sa réalisation la plus aboutie à ce jour. Il reproduit l’Amérique de 1962 dans les moindres détails, ne se contenant pas seulement des voitures, vêtements ou coupes de cheveux, mais insérant également des affiches annonçant le spectacle de Sammy Davis Jr. ou la projection de Lawrence of Arabia sur une marquise en arrière-plan. Comme tout bon road movie, le long-métrage tire profit des villes et États que le duo traversera pour insérer de magnifiques cartes postales à travers le montage, le tout accompagné d’une riche trame sonore, allant du « Doo-wop » au jazz en passant par le contemporain, sans oublier des performances en concert des pièces de Doc Shirley et de son trio.

L’édition Combo Pack de Green Book inclut le film dans les formats Blu-ray, DVD et numérique. Au lieu d’inclure une pléthore de matériel supplémentaire, la production s’est limitée à trois revuettes très pertinentes sur le disque. La première se consacre aux performances exceptionnelles de Viggo Mortensen et Mahershala Ali, et leur chimie à l’écran. La seconde explore l’amitié d’un demi-siècle entre Donald Shirley et Tony Vallelonga. La dernière parle de l’historique, et de l’auteur du vrai Green Book, le guide touristique ayant donné son nom au long-métrage et véritable relique de l’époque de Jim Crow.

Green Book n’est pas une œuvre militante, mais un film qui fait du bien, et avec un scénario débordant d’humanité et un duo aussi mémorable, il est facile de comprendre pourquoi il a été oscarisé trois fois plutôt qu’une.

8.5/10

Green Book

Réalisation : Peter Farrelly

Scénario : Nick Vallelonga, Brian Hayes Currie et Peter Farrelly

Avec : Viggo Mortensen, Mahershala Ali, Linda Cardellini, Sebastian Maniscalo, Dimiter D. Marinov et Joe Cortese

Durée : 140 minutes

Format : Combo Pack (Blu-ray + DVD + copie numérique)

Langue : Anglais, français et espagnol


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À propos du journaliste

Patrick Robert

Cinéma, musique, jeux vidéo ou bandes-dessinées, Patrick partage sa passion pour la culture populaire depuis plusieurs années à travers les critiques, les entrevues, ou les textes d’actualité qu’il signe pour de nombreux médias, parmi lesquels le blogue de Ztélé, La Vitrine, Le Coin du DVD, et évidemment, Pieuvre.ca.

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