En Chine, même parler de science peut être délicat

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Si vous croyez que les nouvelles les plus censurées sur les réseaux sociaux par les autorités chinoises concernent la politique, vous êtes loin du compte: en 2018, on en comptait quatre en science parmi les 10 les plus souvent éliminées. Dont les bébés génétiquement modifiés de l’automne dernier.

Il s’agit en effet de cette nouvelle de deux bébés qui auraient été génétiquement modifiés au stade embryonnaire, nouvelle dont le Dr He Jiankui, de l’Université des sciences et des technologies de Shenzhen, a fait l’annonce en novembre. Une annonce qui avait déclenché un tollé de protestations au niveau mondial — la controverse est d’ailleurs loin d’être éteinte.

Le tout a mis le gouvernement chinois dans l’embarras. Ceci expliquant peut-être cela: selon deux chercheurs de l’Université de Hong Kong, ces « premiers bébés génétiquement modifiés » arrivent en 8e place des nouvelles de 2018 jugées suffisamment délicates pour que quelqu’un ait décidé de retirer un message les concernant (la guerre commerciale sino-américaine arrive en tête du palmarès).

Les chercheurs sont derrière un outil, WeChatscope, qui suit à la trace des messages affichés sur 4000 comptes publics de WeChat, la plus populaire des plateformes chinoises de réseaux sociaux. Un compte public peut être créé par un ministère, une municipalité, une institution d’enseignement, une compagnie, etc. L’outil des deux chercheurs, en plus de détecter qu’un message « disparaît », le préserve dans une base de données. En 2018, il y en a eu 11 000, parmi le million de messages observés sur ces 4000 comptes. Ce qui donne une bonne idée des sujets jugés « sensibles » — avec un bémol: l’outil ne peut pas détecter les messages qui ont été censurés avant même leur publication.

Parmi les autres sujets « sensibles » qui ont une saveur scientifique: un scandale entourant des vaccins dont le fabricant avait falsifié ses données, des retombées du mouvement #MeToo dans une université, et un médecin emprisonné pour avoir critiqué la médecine traditionnelle chinoise.


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Agence Science-Presse

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