Avant qu’on explose, juste une p’tite vite?

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Au-delà de son synopsis ou même de ce qu’il semble suggérer, Avant qu’on explose dépasse ses propres clichés et ose proposer un film sur et pour les ados qui a finalement de quoi à dire et à montrer en plus de prétendre, avec un succès non-négligeable, faire du vrai cinéma. Alors, pourquoi s’en priver?

Et si la fin du monde était réellement imminente et que cette nouvelle proposition dans le genre, énième en moins d’une décennie (parce qu’on semble financer bien plus de coming-of-age que n’importe quel autre type de films au Québec), était le dernier film pour ados que notre cinéma connaissait, pourrait-on y survivre? Bien qu’on y va à reculons, que le film débute avec une scène de masturbation et qu’il y a bel et bien une, voire plusieurs explosions d’ici sa finale (explosive ou implosive, selon), l’œuvre ravive involontairement tout le meilleur et un petit peu du pire que notre septième art, dans le genre, aura pu nous livrer.

Ainsi, sans pour autant tomber dans les bas-fonds d’À vos marques… Party!, le film est loin d’avoir la candeur et la poésie d’un Tu dors Nicole. Toutefois, si la présence rassurante de l’ingénue Julianne Côté aide certainement, dans le genre grand public qui ose néanmoins sa propre voie, on appréciera de loin la proposition ci-présente à tous les La chute de Sparte de ce monde qui, comme bien trop d’œuvres le font, traduisait un discours d’adultes dans la bouche d’enfants, que dis-je, d’adolescents.

On le sait, la fascination pour faire comme nos cousins du sud ne date pas d’hier et on est loin d’être les seuls à en avoir la piqûre comme beaucoup de films français le prouvent déjà depuis bien longtemps. Pourtant, suivant la vague de film adolescents plus réalistes et près de leurs sujets, le long-métrage ci-présent semble décidément avoir trouvé l’une des meilleures façons d’en faire quelque chose bien de chez-nous tout en ne négligeant pas un lot surprenant d’ambitions démesurées.

Certes, le film a dû coûter une belle fortune. D’abord pour la trame sonore qui enfile les hits et les surprises comme une chanson de The Cure, mais aussi pour les effets spéciaux et la multitude de lieux de tournage qui ne se contentent certainement pas du petit charme rural de Baie St-Paul, où l’on situe l’histoire. Disons qu’on voit plus grand et loin que les balises familières, limitées et, quoique charmantes, préprogrammées de La disparition des lucioles.

Après tout, ce sont surtout ces petites digressions qui détonnent. Plus près de ce qu’on fait en télévision, avec ce petit je-ne-sais-quoi de très Lindelof-ien (Lost, The Leftovers), on amène le spectateur littéralement ailleurs, mais à quel prix? En termes d’ouverture, on peut comprendre qu’on veut mettre en scène cette fin du monde suggérée (métaphore plus ou moins subtile sur le sentiment généralisé de tout humain qui se respecte face à son passage à l’âge adulte et principalement face à la pression de la perte de sa virginité), mais il y avait peut-être d’autres manières un peu moins farfelues quoique tout autant absurdes de nous faire voyager. On se le dira, la parenthèse Rihanna va peut-être un peu trop loin.

Pourtant, le dosage est bien présent. Évitant de justesse une multitude de pièges, le film surprend à tous ses détours. Avec sa prémisse à la American Pie ou The Virginity Hit, le film s’intéresse davantage à la prise de conscience admirable que s’accordait Project X en deuxième partie, et, alors qu’il s’impose souvent comme un complément essentiel et masculin au trop peu vu Charlotte a du fun (Slut in a good way) de Sophie Lorain, pose plus souvent qu’autrement lui aussi les bonnes questions.

L'affiche du film

L’affiche du film

Bien sûr, on a souvent peur. Peur que la vulgarité l’emporte trop souvent sur le reste (parce que des références culturelles d’adultes ne peuvent pas toujours sauver la mise). Peur que cet aparté sur le suicide et l’homosexualité ne tombe dans le ridicule maladroit de 1 : 54. Peur que le machiste prime (parce que l’amour et le consentement sont durs à expliquer par rapport aux pulsions du désir). Sauf qu’il y a décidément bien plus de peur que de mal.

La complicité entre le réalisateur Rémi St-Michel et le scénariste Éric K. Boulianne est indéniable et leur vision semble aller de pair comme une surprenante symphonie, cette collaboration s’avérant décidément plus convaincante que Prank qui, à défaut de jouer sur les apparences, négligeait un peu trop souvent la profondeur de ses propos pour se concentrer sur les folies.

Il faut admettre aussi que le budget (produit par le géniteur de succès et de profits Christian Larouche) et la maîtrise des moyens mis de côté (direction photo de Mathieu Laverdière et montage de Jean-François Bergeron quand même), le long-métrage doit énormément à son excellente distribution.

Étienne Galloy a pris beaucoup d’assurance et n’a aucun mal à endosser toutes les angoisses du protagoniste, alors que sa chimie avec tous ses confrères est des plus naturelle. Bien sûr, l’aisance de Will Murphy aide beaucoup et de donner la réplique à Monia Chokri ou Antoine Olivier Pilon n’est certainement pas anodin. Par contre, si Brigitte Poupart dans un rôle complètement déjanté en impose énormément tout en marquant l’imaginaire avec l’une des plus grandes surprises de notre cinéma, la découverte se trouve du côté de Madani Tall.

Avec une candeur et une fraîcheur déroutante, chaque réplique de Tall coule comme de l’eau et son énergie est aussi contagieuse et rassembleuse que ce que nous avait offert Irden Exantus dans le mésestimé Guibord s’en va-t-en guerre.

Avant qu’on explose est donc une très belle et surprenante proposition. Un film complètement fou qui nous amène là où on ne l’attend pas en nous leurrant avec des idées attendues qu’on s’amuse à nous déconstruire. Avec une belle maîtrise de l’humour qui va dans tous les sens et un timing inné du punch, par le biais de savoureux dialogues bien vifs et de répliques mordantes ou par un visuel allumé et instinctif, on s’amuse beaucoup. Et, si certains détours ralentissent un peu le plaisir au terme de ces presque deux heures (le virage plus dramatique et sérieux manque un peu de doigté, malgré quelques beaux tours de passe-passe), on appréciera quand même ce petit bonheur qui ne s’estompe heureusement pas aussi rapidement qu’une p’tite vite, comme on le vit beaucoup trop souvent, que ce soit à l’écran ou non.

6/10

Avant qu’on explose prend l’affiche en salles ce vendredi 1er mars, avec plusieurs représentations spéciales ce jeudi 28 février.


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À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...

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