Netflix, de Big Brother à mécène antisystème

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Club vidéo de l’ère numérique, l’interface Netflix a été conçue pour contrer le téléchargement illégal. Avec 139 millions d’abonnés dans 190 pays, la petite société de location de DVD par correspondance fondée en 1997 impose désormais ses règles, rapporte le Monde diplomatique de février.

Tout ce que l’on reproche à Facebook au sujet de l’atteinte à la vie privée de ses utilisateurs est aussi valable pour Netflix, étant donné que les génies des nouvelles technologies ont fréquenté la même école. Son fondateur et directeur, Reed Hastings, diplômé à l’université Stanford, le berceau de Google, observe les comportements, classe les préférences, recommande des parcours dans son catalogue, alimente des algorithmes d’information privée et siège au conseil d’administration de Facebook. Ses serveurs enregistrent une grande quantité de données au-delà de ses cercles d’abonnés, analysées pour déterminer les goûts du public et lancer des productions sans trop de risques, comme Narcos en 2015.

Du côté de sa programmation, Netflix négocie d’abord des droits de diffusion avec les studios hollywoodiens en 2000, et profite de l’intérêt mondial pour les téléséries. Visant des publics de niche, le cinéma iranien ou indien par exemple, l’achat de contenu a pour objectif l’afflux d’abonnés afin de garder la confiance des investisseurs. Quelques années après son arrivée en Amérique latine, en 2011, la multinationale produit local, dans la langue des pays visés, avec des acteurs connus. La télésérie Narcos mettant en vedette l’acteur brésilien Wagner Moura dans le rôle du célèbre criminel colombien Pablo Escobar, une histoire vive dans l’imaginaire populaire qui n’en est pas à sa première représentation, attire l’attention médiatique.

Créant son studio en 2016, la société produit deux fois plus de films que Disney et Warner Bros réunis en 2018. «Le problème, c’est que son film a été refusé par tous les studios à Hollywood. Et que Netflix accepte un film en espagnol, en noir et blanc, autobiographique, sans vedette. Les studios américains ne veulent plus faire que du Marvel et du superhéros, que des trucs pour les enfants entre 6 et 11 ans. Moi, s’il le fallait, j’irais m’adresser à Netflix», a affirmé le président de l’Institut Lumière, Bertrand Tavernier sur Première.fr le 19 octobre au sujet du film d’auteur Roma (2018) d’Alfonso Cuarón, produit par Netflix. Ce dernier déplore la fermeture des studios et des diffuseurs par rapport à la créativité cinématographique.

Sauf exception, Netflix opte pour l’abondance et la standardisation de son offre à la différence de la chaîne télévisuelle Home Box Office (HBO) produisant un contenu pour séduire un public cultivé. «Nous rivalisons davantage avec Fortnite (un jeu vidéo très populaire) qu’avec HBO», a affirmé Netflix à ses actionnaires le 17 janvier.

La 37e édition des Rendez-vous Québec Cinéma se déroulant du 20 février au 2 mars est l’occasion de braver la tempête pour voir des films en salle… plus antisystème que ça, tu meurs.


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À propos du journaliste

René-Maxime Parent

Rédacteur en chef de la section Société, René-Maxime Parent s’est joint à Pieuvre.ca en 2014. Sa couverture de l’actualité internationale se partage entre l’Amérique latine et la Scandinavie. Son intérêt pour les arts visuels, le cinéma et l’architecture le conduit à parcourir la métropole québécoise régulièrement.

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