Après les singes clonés, que fera la Chine?

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Il s’est écoulé à peine un an entre le premier clonage réussi de singes, et le premier clonage réussi de singes génétiquement modifiés. Où en sera-t-on dans un an?

Contrairement à ce que certains ont pu comprendre de la dernière nouvelle en provenance de l’Institut de neuroscience de Shanghaï, c’est bel et bien un macaque dont on avait modifié un gène — pour qu’il développe des troubles de son horloge biologique — qui a été cloné en cinq exemplaires. C’était il y a un an qu’on avait plutôt annoncé, au même Institut, avoir franchi l’étape des tout premiers singes clonés, et ce, après des centaines d’essais manqués (la technologie dite de transfert du noyau d’une cellule somatique, utilisée pour cloner la brebis Dolly en 1997, s’était avérée beaucoup plus difficile que prévu sur des singes).

Mais à présent que ce double obstacle est franchi, les chercheurs affichent clairement leurs ambitions : tester des médicaments sur des singes clonés à partir d’un individu dont on aurait spécifiquement modifié un gène pour le rendre porteur d’une maladie. Les maladies du cerveau sont les plus souvent citées. Et bien qu’il s’agisse là de l’essence de la recherche médicale sur des souris depuis des décennies, la question éthique a surgi à la seconde même où a été annoncée la percée de Shanghaï.

Les cinq macaques sont nés il y a six mois, peut-on lire dans deux articles parus le 24 janvier dans la revue scientifique chinoise (de langue anglaise) National Science Review. Et ils souffrent tous les cinq de troubles du sommeil, ce qui tendrait à démontrer que le gène modifié a bel et bien été « copié » chez eux.

Est-il éthique de poursuivre ces expériences sur des singes si cette technologie, parce qu’elle cible avec plus de précision, permet de sacrifier moins d’animaux? C’est la défense qu’emploie sur toutes les tribunes le directeur de l’Institut de neuroscience, Mu-ming Poo, qui espère que son groupe sera le premier à créer de tels modèles de macaques clonés pour l’étude du Parkinson et de l’Alzheimer.

Sur un plan purement pratique, le singe coûte beaucoup plus cher en nourriture et en soins qu’une souris, ce qui, au-delà de toutes les considérations morales, pourrait être un frein à ce type de recherche. De plus, de nombreuses universités, depuis 20 ans, ont mis fin à toute recherche sur des primates. Mais pas la Chine, notait la semaine dernière un reportage de la revue Nature: le plan quinquennal du pays en 2011, faisait de l’utilisation de primates pour créer des modèles animaux de maladies, un objectif national. Le ministère de la Science y a spécifiquement injecté près de 4 millions de dollars en 2014.


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Agence Science-Presse

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