Le Dernier Sacrement, l’art de faire rire avec un sujet tragique

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Un gros fumeur atteint d’un cancer généralisé, rendu au service des soins palliatifs du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (le CHUM), le lieu même où il est né 57 ans auparavant, voilà bien un sujet qui ne prête pas à rire. Pourtant, le texte très drôle de Denis Bouchard et son jeu d’acteur excellent parviennent à rendre la situation sinon joyeuse, du moins amusante. Et en cela, la pièce Le Dernier Sacrement est une réelle performance.

Dans la lignée paternelle de Denis Prud’homme, on fume de père en fils, on est fier d’être francophone et on baptise les enfants. Mais la mort, à 50 ans, de la grand-mère de Denis, un événement jugé par son père comme une injustice inacceptable, a fait qu’on a débranché sa fidélité à l’Église et au catholicisme. Denis, en bon héritier de cette tradition passée par la Révolution tranquille, ne jure que par la science et la rationalité. Professeur d’université en sciences politiques, il a même consacré sa thèse à la démystification de la foi.

Du côté maternel de Denis, les Roy ont toujours aimé prononcer leur nom de famille avec un petit accent anglais. Et l’on comprend que Denis a grandi entre deux mondes opposés en tous points. Au moment de quitter celui de la vie, le voilà donc pris de doutes au sujet de Dieu, de la croyance, d’un éventuel monde après la mort et, finalement, d’un sens à l’existence…

Tout le texte de la pièce, qui contient en filigrane une histoire dont on découvre la chute à la toute fin, s’emploie à alterner les rires et les émotions, les dialogues très comiques et les moments de grande tendresse.

C’est que le personnage de Denis Prud’homme est surtout un homme extrêmement sympathique et attachant, dont la philosophie de vie l’emploie à apprécier chaque moment de son existence. Et ses dernières heures ne font pas exception. Son humour lui permet de rire de tout, y compris des choses les plus graves, d’apprécier les bons vivants que la vie lui donne l’occasion de rencontrer et de se moquer gentiment des rabat-joie.

Toute la première partie, la meilleure selon moi, se passe presque exclusivement entre lui et sa délicieuse infirmière, Djena, très bien interprétée par Ayana O’Shum. C’est là que l’on découvre tout le côté moqueur de Denis à l’égard de toutes les croyances religieuses. La deuxième partie est peut-être un peu moins convaincante, mais l’ensemble fait de la pièce Le Dernier Sacrement un moment de théâtre très agréable et, finalement, assez léger. Pas de thèse bien philosophique, rien de très nouveau dans les arguments du personnage qui pourrait ébranler ceux qui tiennent à leur identité. Mais la forme du discours est souvent pleine d’esprit et surtout portée par le travail sur le personnage principal auquel on ne peut que s’attacher.

Le Dernier Sacrement, du 31 janvier au 2 février au Théâtre Outremont; la pièce sera ensuite en tournée au Québec.

Texte: Denis Bouchard

Avec: Denis Bouchard, Sofia Blondin, Ayana O’Shun et Pascale Delhaes

Mise en scène: Denis Bouchard et Sarah Beauséjour


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À propos du journaliste

Sophie Jama

Anthropologue, écrivaine, journaliste

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