Basse-ville, la balade pour contrer l’ennui

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Il existe un vif intérêt, de la part des auteurs, des critiques et des spectateurs, envers le « parler vrai », au théâtre. Revenir à un langage de tous les jours permet habituellement de se rapprocher de l’amateur de théâtre lambda. Voilà d’ailleurs l’exercice auquel se livre la pièce Basse-Ville, jouée au Théâtre de la Licorne, en démontrant peut-être les limites de cette méthode créatrice.

Dans un secteur moins bien nanti de la ville de Québec, Charlotte Aubin, Katrine Duhaime et Jean-Denis Beaudoin réfléchissent, peut-être bien malgré eux, sur la vacuité de l’existence. La première est une serveuse au chômage qui voit s’accumuler les grands comme les petits revers, les grandes déceptions, les espoirs brisés. La deuxième est un peu à l’image de son amie, mais ne désespère pas de trouver l’amour, un jour. Les deux jeunes femmes sont installées dans l’appartement de la seconde, désoeuvrées.

Le jeune homme entre dans leur vie après avoir passé la nuit avec le personnage de Katrine Duhaime. Gauche, mal à l’aise, mais néanmoins rêveur à ses heures, le personnage de Jean-Denis Beaudoin croit avoir trouvé l’âme soeur. Ou, du moins, d’avoir eu le coup de foudre.

Entre sa nouvelle idylle et lui-même, toutefois, se dresse l’amie esseulée. Cumulant les coups de gueule, incarnant ici la dure réalité de la vie, une vie plate, ordinaire, faite pour les gens riches ou les privilégiés, certainement pas pour les petites gens.

« On a la rivière de nos moyens », lancera ainsi le personnage de Charlotte Aubin au cours d’une journée passée avec son amie et la nouvelle idylle de cette dernière, journée qu’elle consacrera à tenter de constamment gâcher l’ambiance.

La subtilité est ici peu ou pas au rendez-vous. L’idée a certainement du bon, bien entendu, et la transposition des grands questionnements existentiels dans un environnement de tous les jours, loin des grandes tours d’ivoire de l’élite ou des plateaux désincarnés de l’imagination pure est sympathique.

Cependant, il y a certainement une limite à vouloir « faire peuple ». Si l’on ne dispose pas des informations permettant d’entamer une remise en question fondamentale, l’exercice est-il voué à l’échec dès le départ? À entendre nos personnages dialoguer dans tous les sens, bien souvent en échangeant des répliques sans queue ni tête, on a un peu l’impression que l’auteur, Thomas Gionet-Lavigne, tenait mordicus à rendre le tout plus émouvant, parce que plus « vrai ». Pourtant, on se lasse bien rapidement des échanges peu sophistiqués. On se lasse surtout des réactions disproportionnées du public, dont certains membres riaient aux éclats pratiquement à tout moment. L’un des spectateurs a d’ailleurs jugé bon de réagir très fortement à presque toutes les répliques, transformant une soirée déjà peu réjouissante en exercice plus que pénible.

Bref, Basse-Ville aurait gagné à prendre de la hauteur, à se donner les moyens de ses ambitions. Il n’y a rien de mal, après tout, à fleurir un peu son langage pour transmettre son message; le défi réside alors en l’établissement du juste milieu entre la simplification forcée et la lourdeur excessive.

Basse-Ville, de Thomas Gionet-Lavigne, avec Charlotte Aubin, Jean-Denis Beaudoin et Katrine Duhaime. À La Licorne jusqu’au 15 février.


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À propos du journaliste

Hugo Prévost

Cofondateur et rédacteur en chef de Pieuvre.ca, Hugo Prévost se passionne pour le journalisme depuis l'enfance. S'il s'intéresse surtout à la politique, à la science, à la technologie et à la culture, Hugo n'hésite pas non plus à plonger tête première dans les enjeux de société, l'économie ou encore les loisirs et le tourisme. Hugo est également membre de l'équipe éditoriale de Pieuvre.ca.

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