Quand la race conditionne la mobilité des Américains

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Une analyse de la démographie de la ville de Chicago par catégories raciales démontre une tendance inverse à la migration émancipatrice de la population afro-américaine, rapporte l’urbaniste Pete Saunders dans le Chicago Reader du 24 janvier.

Si la couleur de la peau de Barack Obama et le genre féminin d’Hillary Clinton éclipsent leurs parcours, plus déterminants quant à l’action de gouverner, les 330 millions d’Américains répartis sur un territoire de 9 millions km2 cherchent-ils à atteindre un consensus par rapport à la présidence? La recherche d’unité nationale peut-elle justifier la catégorisation raciale, de sorte que deux membres d’un même groupe ethnique n’ont pas plus en commun que deux Américains. Dans son analyse, l’urbaniste Pete Saunders balise l’enjeu de l’exclusion des paramètres de la «migration émancipatrice» et de «l’héritage de la ségrégation».

L’argument que Chicago est devenu impopulaire à cause de son économie, pas aussi forte et dynamique que celle des villes de New York et de Washington dû à des taxes élevées, n’est pas valable puisque les villes des côtes sont imposées à peu près au même taux. Selon le U.S. Census’s annual American Community Survey, la population de Chicago diminue pour la troisième année de suite. Parmi les dix plus grandes villes américaines, seulement Los Angeles, San Diego, San Jose et Chicago ont enregistré une diminution des résidents noirs, ce qui est sans précédent pour les 100 dernières années aux États-Unis. Comparé aux trois autres villes, le ratio est de quatre à dix fois plus élevé pour la capitale du Midwest.

À cause de l’instabilité sociale et de l’élaboration de la banlieue dans les années 1960 et 1970, les Américains ont quitté massivement les grandes villes américaines. À Chicago, la population a atteint un sommet à 3,6 millions de résidents en 1950, a baissé à 2,8 millions en 1990, a augmenté légèrement en 2000 et n’a pas changé depuis. Au-delà du vieillissement de la population, du déclin des naissances, du report des mariages et d’une migration stagnante, les Américains issus d’ailleurs au pays ne sont pas intéressés à s’établir à Chicago. L’héritage de la ségrégation se traduit par ce retour des Noirs dans la région de la sunbelt, dont les villes populaires sont Atlanta, Dallas et Houston, d’après Pete Saunders.

Prenant en compte les données sur la race et l’ethnicité, après une chute marquante au début de la dernière décennie, le nombre de résidents blancs de Chicago a augmenté de 9% depuis 2005. L’augmentation des Latino-Américains a ralenti significativement, mais augmente toujours de 5% depuis l’an 2000. Alors que la population d’Américains d’origine asiatique a explosé de 44% au cours du nouveau millénaire.

Cependant, la population noire, la plus importante de la ville à l’an 2000, a chuté de 24% en 2017, passant d’un million en 2000 à 800 000 en 2017. Ainsi le nombre de Blancs surpasse celui de Noirs en 2017 et les Latino-Américains devraient être plus nombreux que les Afro-Américains en 2020.

Sans l’exode des Noirs, la population de Chicago augmenterait, soutient Pete Saunders.

Crimes et écoles

Il y a plusieurs années, le taux de crimes violents à Chicago a donné une mauvaise réputation à la ville à l’échelle nationale. S’il y a beaucoup moins de crimes que pendant «l’ère du crack» des années 1990, le taux n’a pas autant diminué que dans les autres grandes villes américaines. De plus, la fermeture de 50 écoles en 2013, la plupart situées dans des communautés noires des quartiers sud et ouest signifie la perte d’institutions locales favorisant l’amélioration du niveau de vie.

Un manque d’investissement municipal mène à une déstabilisation institutionnelle, et ultimement à l’abandon. Malgré les efforts de revitalisation du South Loop et des alentours, près de la moitié de la population noire a déserté ces quartiers de 1950 à 1990, bien que la population de cette partie de la ville a triplé par la construction d’immeubles à condos.

Aujourd’hui, le South Loop et les alentours plus au sud abritent une population plus diversifiée que jamais mêlant Blancs, Latinos et Asiatiques. C’est pourquoi que lorsqu’il est question de la population noire de Chicago, les gens se contentent d’expliquer leur sort par la théorie du «displacement by decline».

Outre les États-Unis, la liberté de mouvement mondiale ou abolition des frontières revendiquée par les mouvements altermondialistes conditionnerait-elle la mobilité d’un monde globalisé?


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À propos du journaliste

René-Maxime Parent

Rédacteur en chef de la section Société, René-Maxime Parent s’est joint à Pieuvre.ca en 2014. Sa couverture de l’actualité internationale se partage entre l’Amérique latine et la Scandinavie. Son intérêt pour les arts visuels, le cinéma et l’architecture le conduit à parcourir la métropole québécoise régulièrement.

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