Fahrenheit 11/9, ou le flirt fasciste de l’Amérique

3

En plus d’analyser la signification et les conséquences de la présidence de Donald Trump au-delà du cirque médiatique quotidien, Michael Moore lance un vibrant appel à agir avant qu’il ne soit trop tard, avec Fahrenheit 11/9.

Soyons honnêtes: avec tous les scandales, les tweets incendiaires, les attaques contre les médias, la défense des suprématistes blancs, les soupçons de collusion, les enquêtes criminelles, le non-respect des institutions démocratiques, les démissions à la chaîne et les innombrables mensonges éhontés prononcés par le 45e Président des États-Unis lors des deux dernières années, Michael Moore aurait pu simplement se contenter d’assembler un bêtisier des pires âneries de Donald J. Trump pour remplir un documentaire de deux heures (qui aurait été aussi divertissant que déprimant), mais heureusement, il va beaucoup plus loin avec Fahrenheit 11/9.

La pochette du boîtier

Bien sûr, Fahrenheit 11/9 aborde le passé de Donald Trump, les nombreux cas de discrimination raciale pour lesquels il a été condamné en tant que propriétaire d’immeubles, sa relation, à la limite de l’inceste, avec sa fille Ivanka, le mouvement des birthers, dont il était l’un des plus célèbres représentants, ou les raisons qui l’ont motivé à briguer la Présidence des États-Unis, mais Michael Moore va au-delà de la politique spectacle que pratique quotidiennement Trump pour replacer dans son contexte historique le mouvement populiste qui l’a hissé au pouvoir, traçant de multiples et troublants parallèles avec la montée du fascisme au siècle dernier.

Le fascisme se définit par un nationalisme extrême, un respect sans borne pour l’autorité, que rien ni personne ne doit remettre en question, et une vénération totale des corporations, trois éléments qui sont indéniablement liés à la philosophie, et à l’action, du gouvernement de Donald Trump depuis son élection. En plus de diriger à la manière d’un roitelet, ce Président ne cesse d’avouer son amour pour les tyrans et les dictateurs de ce monde, et a évoqué publiquement à plusieurs reprises l’idée de modifier la loi afin de lui permettre de rester en poste pendant plus de deux mandats, ce qui est assez terrifiant.

Image tirée du film

Tout en étant politique et engagé, Fahrenheit 11/9 n’est pas partisan. Le film blâme autant les démocrates (qui ont tout fait pour écarter Bernie Sanders, considéré comme trop radical) pour la situation actuelle que les républicains, et va jusqu’à montrer Obama sous un jour vraiment peu reluisant. Moore fait une longue parenthèse sur la crise de l’eau contaminée dans sa ville natale de Flint, mais on peut difficilement l’accuser de chauvinisme, puisque les décisions prises par Rick Snyder, l’ancien PDG de Gateway, illustrent à merveille comment la gouvernance de l’État par des hommes d’affaires produit souvent des résultats catastrophiques.

Si son constat est assez grave, Fahrenheit 11/9 n’est pas un film lourd, grâce à l’humour de Michael Moore. Son montage de la panoplie d’experts patentés qui riaient en affirmant haut et fort que Trump ne serait jamais élu est assez hilarant avec le recul. Il reprend ses vieilles habitudes militantes, et va arroser la maison et le terrain du gouverneur de Flint avec un camion-citerne rempli d’eau contaminée, ou juxtapose l’audio de Trump aux images d’un discours d’Hitler, ce qui n’est pas subtil, mais s’avère d’une efficacité redoutable. Le cinéaste contrebalance aussi le tout par un appel à l’action, en présentant les jeunes activistes de la fusillade de Parkland, ou les nombreux citoyens ordinaires ayant décidé de se présenter pour la première fois aux élections américaines de mi-mandat en guise de protestation.

Image tirée du film

L’édition haute définition de Fahrenheit 11/9 contient le documentaire sur un disque au format Blu-ray, et inclut également un code pour télécharger une copie numérique. On ne retrouve pas de matériel supplémentaire sur l’édition, mais en même temps, avec une durée de plus de deux heures, le long-métrage est plutôt complet, et ne nécessitait pas qu’on ajoute quoi que ce soit à son analyse déjà dense et riche.

Rappelant avec justesse que les autocrates ne se maintiennent au pouvoir que lorsque la majorité a baissé les bras, Fahrenheit 11/9 est un documentaire drôle, éclairant et parfois enrageant, qui prouve à quel point le monde a, plus que jamais, besoin de trouble-fêtes comme Michael Moore.

8.5/10

Fahrenheit 11/9

Réalisation & scénario: Michael Moore

Avec : Donald Trump, Roger Ailes, Steve Bannon, Rick Snyder, Jared Kushner et Wolf Blitzer

Durée : 128 minutes

Format : Blu-ray + copie numérique

Langue : Anglais, français et espagnol


Autres contenus:

Mary Poppins Returns: méprendre une écharde pour une écharpe

Partagez

À propos du journaliste

Patrick Robert

Cinéma, musique, jeux vidéo ou bandes-dessinées, Patrick partage sa passion pour la culture populaire depuis plusieurs années à travers les critiques, les entrevues, ou les textes d’actualité qu’il signe pour de nombreux médias, parmi lesquels le blogue de Ztélé, La Vitrine, Le Coin du DVD, et évidemment, Pieuvre.ca.

3 commentaires

  1. Pingback: Critique Fahrenheit 11/9 - Patrick Robert

  2. Pingback: Halloween: le masque de la peur

  3. Pingback: « The Kid Who Would Be King » is Suitable for Kids, and No One Else

Répondre