En Antarctique, les chercheurs entrent en « hibernation »

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Les chercheurs travaillant en Antarctique entrent dans un état « d’hibernation psychologique » pour résister au stress de la noirceur constante, de l’isolement et de l’impossibilité de se retrouver pendant de longues périodes à l’extérieur de leurs installations, révèle une nouvelle étude.

Passer de grandes périodes de temps en isolation et à l’intérieur de locaux dans n’importe quel environnement a entraîné des réactions psychologiques négatives et des changements en matière de santé. Les scientifiques installés en Antarctique ont fait état de nombreux problèmes, allant des modifications comportementales et de l’anxiété à d’autres réactions psychiatriques plus importantes. Ces changements sont particulièrement prononcés au milieu de l’hiver, et en sont venus à refléter des symptômes de ce qui est appelé « syndrome hivernal ».

Avec l’appui de l’Agence spatiale européenne, des chercheurs de l’Université de Manchester, de l’Université de Bergen (Norvège), et de l’Université Tilburg (Pays-Bas) ont examiné les changements constatés en termes de qualité de sommeil, d’émotions et de stratégies d’adaptation durant deux hivers passés dans l’atmosphère difficile de Concordia Station. Cette station de recherche est installée dans l’environnement désertique le plus sec de la planète, en plus de posséder une faible pression atmosphérique et un taux d’oxygène réduit. L’endroit est complètement isolé durant l’hiver, la température moyenne est de -51 degrés Celsius, et la température la plus basse qui y a été enregistrée est de 85 degrés sous zéro.

En utilisant des questionnaires psychométriques, les chercheurs ont demandé aux scientifiques de faire état de leur sommeil, de leurs états émotionnels et des stratégies visant à en contrer les effets négatifs pendant l’hiver. Ils ont découvert une tendance à la détérioration de la qualité du sommeil et un déclin des émotions positives à mesure qu’avançait l’hiver. Leur état s’est amélioré au retour du soleil.

Contre-mesures réellement efficaces?

Les chercheurs ont toutefois également découvert que toutes les stratégies employées pour résister aux impacts négatifs étaient de moins en moins efficaces à mesure de les jours d’hiver s’écoulaient, puis reprenaient du mieux après que le pire de l’hiver soit passé. Cela a surpris les chercheurs qui pensaient que les stratégies de défense actives – comme la résolution de problèmes et l’auto-stimulation, perdraient de leur efficacité, et que des stratégies plus passives – comme le déni ou les réactions dépressives – prendraient leur essor au milieu de l’hiver, lorsque les scientifiques étaient réellement isolés.

Il est également important de noter que les infrastructures de la station de recherche se sont développées avec les années, et que les chercheurs y vivent désormais dans un confort relatif. Cela diffère grandement des premières études du genre, où les risques d’exposition aux conditions particulièrement rudes de l’hiver austral étaient plus importants et les ressources permettant de contrer le stress, plus limitées. Les mécanismes employés par ces personnes isolées ont ainsi tendance à refléter les conditions dans lesquelles se trouvent ces gens.

Au final, cette étude soulève de nombreuses questions sur la façon dont ces gens maintiennent leur état de santé et résistent aux impacts environnementaux tout en vivant dans cette atmosphère d’isolement et de confinement.

Les conclusions de l’étude auront des impacts sur les gens qui passent de grandes périodes en isolement, particulièrement dans des latitudes plus importantes. Les études réalisées en Antarctique ont été jugées comme permettant d’en apprendre davantage sur les conditions des vols spatiaux, ce qui donnerait l’occasion de mieux planifier les missions de longue date.

« Nos conclusions pourraient refléter une forme d’hibernation psychologique. De précédentes études ont laissé entendre qu’il s’agit d’un mécanisme de protection contre le stress chronique, ce qui a du sens – si les conditions sont incontrôlables, mais vous savez que les choses finiront par s’améliorer, vous pourriez décider de réduire vos efforts de résistance afin d’économiser de l’énergie », affirme le Dr Nathan Smith, de l’Université de Manchester.

« Historiquement, cela aurait été dangereux – si vous vous trouvez dans cet état, vous pourriez être lent à réagir à un changement des conditions, qui, dans un environnement hivernal extrême, pourrait entraîner des blessures graves ou la mort. Cependant, les stations de recherche en Antarctique sont bien plus habitables de nos jours, et offre une protection solide contre les éléments – de fait, se protéger contre le stress pourrait être efficace. »


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Pieuvre.ca

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