De la glorieuse fragilité, ou la tentative forcée de faire parler la danse

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Pendant quelques jours à l’Agora de la danse, quatre danseurs incarnent sur scène ce que c’est d’être danseur. Et un jour, de ne plus l’être, dans le spectacle De la glorieuse fragilité.

Karine Ledoyen, chorégraphe de la compagnie Danse K par K, envisageait un travail sur le deuil et elle s’est retrouvée à parler de fête. En allant récolter des témoignages d’anciennes danseuses et d’anciens danseurs ayant aujourd’hui quitté la danse, celle qui pensait documenter un processus difficile de séparation a finalement créé un spectacle de célébration.

Ce sont les entrevues que Karine Ledoyen a menées qui ont servi d’inspiration à la création chorégraphique. Deux danseurs et deux danseuses, alternativement ou tous les quatre ensemble interprètent en mouvements ces témoignages, parfois alors même qu’ils sont retransmis en audio. Le spectacle est en quelque sorte divisé par les grands thèmes abordés dans les témoignages. Sur l’écran en fond de scène des projections graphiques, les danseurs en ombres chinoises, des gros plans de ce qui se passe sur scène, ou encore des commentaires écrits (en direct par la conceptrice assise à son poste sur le côté de la scène) complètent et ponctuent les tableaux scéniques.

Tous ces dispositifs juxtaposés les uns aux autres, plutôt que de donner de la chair au propos nous noie dans un flot de stimuli qui nous privent de l’accès au cœur du sujet et surtout à l’émotion qui pourraient en surgir. Les mots empêchent la danse de parler. Ils retirent à la danse son pouvoir. Ils lui volent sa raison d’être. Et aux corps leur présence par cette tentative de réinterprétation par le corps, de témoignages sur une pratique du corps. On se perd un peu dans cette mise en abîme étourdissante. Les danseuses et danseurs sont bons, mais ils apparaissent faux dans ce désir de figurer ce qu’ils incarneraient habituellement naturellement.

Le public à la première avait l’air content. Au final le spectacle dure une petite heure et est plutôt gai. Simplement, il ne révolutionne pas la danse, ni la réflexion sur la danse.

De la glorieuse fragilité

À l’Agora de la danse


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À propos du journaliste

Mathilde Perallat

Mathilde Perallat vient de France, et plus particulièrement de Provence. Avant de s’installer à Montréal, elle a passé plusieurs années dans la capitale culturelle française où elle s’est nourrie de théâtre, de danse et de cirque en forte quantité – autant que de qualité. C’est aussi par sa propre pratique des arts du cirque, en tant que danseuse aérienne, qu’elle est tombée amoureuse des arts de la scène. Formée en sociologie et en gestion, et doctorante à Concordia dans une recherche sur le rôle social que peut porter le cirque, Mathilde s’inspire et nourrit son âme et son esprit de spectacles en tous genres tout en continuant à se forger un esprit critique, cette critique qui fait si bien la réputation de son pays, pour le meilleur et pour le pire. Elle sait néanmoins mettre de l’eau dans son vin (selon les circonstances) et tente de donner des avis qui mesurent regard personnel et mise en perspective, toujours dans une grande ouverture.

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