Huff, le regard impitoyable

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Personne ne devrait avoir envie de rédiger la critique de la pièce Huff, récemment jouée à La Licorne. Non pas parce que l’oeuvre est mauvaise, bien au contraire, mais parce que l’on préférerait enterrer et oublier la réalité qui y est dépeinte.

Sur scène, Cliff Cardinal dépeint plus que crûment la vie dans les communautés autochtones. Lui-même membre des Premières Nations, il raconte, bien souvent avec un angle étrangement humoristique, les difficultés de la vie dans ces endroits souvent reculés, et que les populations plus privilégiées se plaisent trop régulièrement à ranger dans une petite case de leur esprit, sans nécessairement y penser davantage.

Violence, drogue, désespoir, agressions physiques ou sexuelles… Tout y passe, et dans les yeux de personnages encore mineurs, ces horreurs font non seulement partie de la vie, mais en viennent à représenter une existence normale.

Sur scène, toujours Cliff Cardinal multiplie les personnages, les voix, les points de vue… Mais l’on comprend bien vite que tous ces gens souffrent de divers problèmes, qu’il s’agisse d’alcoolisme, de dépression, de dépendance à la drogue… Personne n’est épargné, et dans l’assistance de la salle quasiment oppressante de La Petite Licorne, on sent le malaise.

Faut-il aller plus loin, en fait, que ces premiers instants, où le comédien apparaît devant le public, un sac en plastique sur la tête? Le voilà qui dévoile des informations sur la mort par suffocation: après tant de secondes, dit-il, il finira par tourner de l’oeil. Puis, ce sera la fin. Le tout est organisé, bien sûr, mais on ne peut s’empêcher de constater que si la mort semble préférable à tous les sévices qui suivront, au cours de la pièce, c’est que la vie, dans les communautés des Premières Nations, ne vaut pas vraiment la peine d’être vécue.

Pièce choquante, pièce déprimante, Huff est néanmoins nécessaire pour mieux comprendre la réalité des Premières Nations, tout le travail qu’il faut encore accomplir pour permettre à ces communautés de panser les plaies provoquées par le colonialisme et le processus d’assimilation et de destruction systématiques qui s’ensuivit.


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À propos du journaliste

Hugo Prévost

Cofondateur et rédacteur en chef de Pieuvre.ca, Hugo Prévost se passionne pour le journalisme depuis l'enfance. S'il s'intéresse surtout à la politique, à la science, à la technologie et à la culture, Hugo n'hésite pas non plus à plonger tête première dans les enjeux de société, l'économie ou encore les loisirs et le tourisme. Hugo est également membre de l'équipe éditoriale de Pieuvre.ca.

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