Le changement d’heure affecte-t-il notre santé? Oui!

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Le 4 novembre, à 2 heures du matin, les cadrans de presque toute l’Amérique du Nord reculeront d’une heure pour revenir à l’heure normale. Une petite heure qui met à l’épreuve notre horloge biologique, comme l’a constaté le Détecteur de rumeurs.

Pourquoi change-t-on l’heure?

Le changement d’heure, qui a lieu deux fois par année, touche plus de 75 pays à travers le monde, surtout ceux situés en Amérique du Nord et en Europe. Près de 1,6 milliard de personnes effectueraient donc cette transition, à l’automne et au printemps. Cette routine ne date pas d’hier. Benjamin Franklin serait le premier à avoir suggéré ce concept en 1784, pour profiter d’une plus grande période d’ensoleillement et ainsi, réduire la consommation d’énergie. Les Allemands l’ont adopté en 1916, tandis que le Canada l’a fait pendant la Seconde Guerre mondiale. Mais la mesure est aujourd’hui contestée: les bénéfices énergétiques seraient marginaux. Par exemple, selon une étude française réalisée en 2007 et actualisée en 2010, on économiserait un peu sur l’éclairage, mais pas du tout sur le chauffage ou la climatisation. En septembre, le président de la Commission européenne recommandait l’abolition du changement d’heure pour 2019.

Qu’en est-il des impacts sur la santé?

L’horloge biologique déséquilibrée

En reculant l’heure, on diminue notre exposition à la lumière du jour. Or, celle-ci influence le rythme circadien, cette horloge biologique qui contrôle une multitude de mécanismes comme les rythmes de sommeil et d’éveil, l’état de vigilance, la température corporelle, la production hormonale, etc. Il serait donc logique de penser que le changement d’heure altère ces fonctions. Mais jusqu’à quel point ?

Des chercheurs américains ont par exemple regardé les résultats scolaires du SAT, un examen utilisé pour l’admission aux universités de ce pays, chez les jeunes de l’Indiana. Cet État a été choisi parce qu’il contient des comtés qui effectuent le changement d’heure et d’autres, non. Or, la moyenne obtenue à ces examens s’est révélée significativement plus faible dans les écoles touchées par le changement d’heure, laissant présager que celui-ci nuisait à la performance scolaire.

« C’est seulement une heure de différence, mais ce changement nous influence, parce que c’est un événement qui arrive abruptement. Notre horloge biologique ne peut s’habituer si rapidement », explique Roger Godbout, chercheur à l’Hôpital en santé mentale Rivière-des-Prairies, CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal. « Lorsqu’il y a un changement soudain dans l’horaire du sommeil, la mélatonine — l’hormone qui avertit le corps qu’il est temps de dormir — ne s’adaptera pas tout de suite ».

Une autre étude menée en 2010 auprès de 120 Britanniques invités à remplir un questionnaire sur leur sommeil pendant six semaines, avait conclu que de s’adapter au nouvel horaire d’automne pouvait prendre jusqu’à cinq jours.

Une revue de la littérature publiée en 2013 dans Sleep Medicine Review mentionne également un délai de cinq jours. D’après Roger Godbout, les effets de la fatigue matinale pourraient même se faire sentir jusqu’à deux semaines chez les couche-tard. « Ils vont au lit aussi tard que d’habitude, mais ils se lèvent le matin avec leur cadran. Donc, il leur manque une heure ou deux de sommeil ».

La population la plus affectée par ces changements serait celle qui a une routine plus rigide: les nourrissons, les tout-petits, les adolescents et les personnes âgées, dont l’horaire est déterminé par le cadran (par exemple, les repas à heure fixe).

Le changement d’horaire peut-il avoir des conséquences plus graves? Il n’y a pas de consensus là-dessus. Une étude de 2001 avait conclu à une hausse des accidents de la route le lundi et le mardi suivant le changement d’heure. Mais ces résultats sont à considérer avec prudence: une étude justement parue cet automne remet en cause le lien entre accident de la route et changement d’heure et ajoute que des recherches supplémentaires sont nécessaires. Dans une revue systématique de la littérature scientifique publiée dans BMJ Open en août 2017, les auteurs statuaient que, sur 15 études sur le décalage horaire d’automne, « cinq études ont noté une diminution du nombre de collisions, cinq études rapportent plutôt une hausse et cinq autres études montrent qu’il n’y a aucun effet ».

Reste que, si on n’arrive pas à s’accorder sur d’hypothétiques impacts négatifs, les études semblent tout de même s’entendre sur une chose: changer l’heure « n’apporte absolument aucun bénéfice pour la santé », résume M. Godbout.


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Agence Science-Presse

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