Rétroctopode – Metro 2033, le roman transposé

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Il y a eu le livre, puis le jeu: le retour sur Metro 2033, oeuvre de science-fiction russe quelque peu déjantée, ne serait pas complet sans jeter un coup d’oeil au jeu de tir à la première personne du même nom, sorti en 2010, soit au même moment où le roman de Dmitry Glukhovsky paraissait en langue française.

Développé par 4A Games et publié par THQ et Deep Silver, Metro 2033 combine des éléments de survival horror et d’aventure pour les intégrer à la trame narrative post-apocalyptique déjà lourdement chargée de ce métro moscovite habité par des survivants de la Troisième Guerre mondiale, mais aussi par d’étranges créatures mutantes.

Le joueur y interprète le personnage principal du roman, Artyom, qui doit de nouveau quitter sa station, rebaptisée Exhibition dans le jeu, plutôt que VDNKh dans le roman, pour se rendre à Polis, afin de lancer une mise en garde contre l’infiltration des Dark Ones, sortes de monstres télépathes qui menacent d’envahir le métro.

Comment passer à côté de cet univers narratif, lorsque l’on est un studio de jeux vidéo? Rarement a-t-on vu une adaptation aussi rapide pour une oeuvre qui n’est pas un film. Et à en juger la réaction des critiques et du public à la sortie du titre, trois ans à peine après la parution de la version originale en russe, les gens de 4A Games ont réussi leur coup.

Il faut d’ailleurs avouer que l’idée de reproduire la trame narrative du roman a franchement du bon. De toute façon, l’époque lointaine de 2010 en était une où la notion de jeu en « bac à sable », « open world« , ou tout autre équivalent, était encore floue et lointaine. Voilà donc un jeu linéaire où les chapitres correspondent, en gros, aux chapitres du livre. Une sage décision, il va sans dire.

Qui dit progression linéaire ne veut toutefois pas dire que l’on se colle forcément au parcours tracé dans le livre. Car à moins de souhaiter mettre en marché un titre expérimental qui risque forcément de moins bien s’écouler, difficile d’intégrer tous les passages philosophiques et les séquences psychotropes du roman. Les développeurs ont donc ajouté des séquences de tir, des passages obligés dans des bases contrôlées par des bandits, ou encore des sections où de vicieux molosses menacent de nous dévorer, forçant le joueur à défendre chèrement sa peau.

Et dans l’ensemble, cela fonctionne bien! Les mécaniques de tir, avec l’existence de deux types de balles pour la plupart des armes – des balles « normales », et des munitions plus précises et puissantes, mais qui servent aussi de monnaie –, un espace limité pour notre arsenal et l’existence d’armes futuristes dont il faut pourtant recharger les accumulateurs à la main, tout cela rend les séquences d’action franchement intéressantes, voire parfois frénétiques. Tout pourrait bien aller, par exemple, à l’aide du fusil propulsant des balles d’acier meurtrières à grande vitesse, mais si la pile se décharge au mauvais moment, gare à vous! Idem pour le fusil à pompe automatique, dont il faudra recharger les cartouches une à une…

Chapeau aux développeurs, également, pour avoir pensé à la question des filtres à air interchangeables. Puisque notre héros passera davantage de temps à l’extérieur que ce qui est écrit dans le roman, il était nécessaire d’ajouter une dose de danger à ces excursions à la surface, où règnent l’hiver éternel et les monstres aux dents acérées. Non seulement faut-il absolument porter un masque à gaz, mais ceux-ci « consomment » des filtres qu’il faudra changer à intervalles réguliers. Ah, cette respiration qui devient de plus en plus rauque lorsque le filtre est presque inopérant… Ou cette montre que l’on regarde régulièrement pour vérifier qu’il nous reste bien assez de temps pour trouver refuge à l’intérieur avant de procéder au remplacement…

Couacs post-apocalyptiques

Si Metro 2033 innove avec plusieurs de ces aspects mécaniques originaux pour un jeu de tir à la première personne – on s’y sent véritablement comme un aventurier dystopique, avec tout cet équipement de bric et de broc qu’il faut protéger et utiliser avec parcimonie –, le jeu pèche aussi de diverses manières qui peuvent s’avérer passablement frustrantes.

Cela vaut d’abord pour les séquences de tir, où les armes utilisées semblent parfois complètement inefficaces, alors que celles des ennemis donnent l’impression de faire mouche à tout coup. Même chose pour la question de la détection dans les passages permettant d’agir de façon discrète: attaquer un ennemi au couteau aura par exemple le même effet, auprès des autres adversaires, que si vous veniez d’ouvrir le feu, alors que lancer une dague sera considéré comme une attaque « silencieuse ».

Certains ennemis, particulièrement résistants, auront besoin d’une dizaine de coups de fusil à pompe avant de mourir. On peut certes concevoir que les radiations aient provoqué des mutations, mais certainement pas à ce point!

Il est également facile de constater que les développeurs ont tourné certains coins ronds lorsqu’est venu le temps de concevoir des modèles pour les personnages du jeu; il ne faut pas s’étonner de voir une poignée d’hommes et de femmes arborer les mêmes traits, à quelques différences près.

Le plus frustrant, toutefois, ce sont des bogues relativement inexplicables. Plantages au lancement du jeu, passage obligé à travers lequel il est impossible de se faufiler… Que ces problèmes n’aient pas été corrigés, huit ans plus tard, est agaçant.

Mais peut-être ont-ils effectivement été corrigés: les amateurs ont, après tout, eu droit à des versions redux de Metro 2033 et de sa suite, Metro: Last Light. Une façon comme une autre de faire sonner le tiroir-caisse.

À l’image du roman sur lequel il est basé, Metro 2033 donne l’impression d’être légèrement incomplet. La fin est agréablement plus « ouverte » que celle du livre, mais le titre aurait gagné à profiter de quelques mois de développement supplémentaires pour corriger les petits problèmes, arrondir les angles, etc.

Ceci étant dit, Metro 2033 a innové en utilisant des mécaniques particulièrement efficaces, et qui réussissent sans trop de mal à donner l’impression au joueur qu’il se trouve vraiment dans un monde post-apocalyptique, et que les éléments et la faune d’un monde hostile conspirent pour le faire passer de vie à trépas. À essayer!

Metro 2033

Développeur: 4A Games

Éditeurs: THQ et Deep Silver

Plateforme: Windows

Jeu disponible en français


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À propos du journaliste

Hugo Prévost

Cofondateur et rédacteur en chef de Pieuvre.ca, Hugo Prévost se passionne pour le journalisme depuis l'enfance. S'il s'intéresse surtout à la politique, à la science, à la technologie et à la culture, Hugo n'hésite pas non plus à plonger tête première dans les enjeux de société, l'économie ou encore les loisirs et le tourisme. Hugo est également membre de l'équipe éditoriale de Pieuvre.ca.

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