Les fusées Soyouz clouées au sol après le lancement raté

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The Guardian

La fusée russe Soyouz qui permet d’emmener des astronautes vers la Station spatiale internationale sera clouée au sol pendant des mois après que deux astronautes eurent été forcés d’effectuer un atterrissage d’urgence au Kazakhstan.

L’Américain Nick Hague et le Russe Alexeï Ovchinine étaient à bord de la capsule Soyouz installée à la tête de la fusée lorsque celle-ci a éprouvé des problèmes avec son deuxième étage, près de deux minutes après le lancement, et ont dû revenir immédiatement sur le plancher des vaches. L’Agence spatiale russe, Roscosmos, a annoncé une enquête immédiate pour faire la lumière sur l’incident.

Des images vidéo retransmises en direct de la capsule Soyouz ont montré les astronautes qui étaient fortement secoués alors qu’ils étaient éjectés de la fusée. L’éjection d’urgence, qui leur a imposé une pression équivalente à environ sept fois la gravité terrestre, les a projetés vers le sol dans le cadre de ce qui est qualifié « d’atterrissage balistique ». La capsule a touché terre de façon relativement violente, sa descente étant ralentie par des parachutes, à près de 400 kilomètres de son pas de tir, près de la ville de Jezkasgan.

La fusée avait décollé sous un ciel bleu, à partir du cosmodrome de Baïkonour, dans le sud du Kazakhstan, et semblait fonctionner correctement. M. Hague en était à son premier vol dans l’espace, tandis que son collègue s’y rendait pour la deuxième fois.

Les quatre lanceurs d’appoint entourant le coeur de la fusée Soyouz ont été largués comme prévu, mais quelques instants plus tard, alors que la fusée volait déjà à près de 1700 km/h, le mécanisme d’éjection s’est déclenché.

Quelques instants avant que la capsule ne soit séparée de la fusée, on a pu entendre M. Ovchinine déclarer qu’il y avait « un accident avec la fusée d’appoint, à deux minutes 45 secondes. Le vol aura été court ».

Des équipes d’urgence se tiennent prêt à intervenir, à Baïkonour, dans le cas de tels ratés. Une équipe dépêchée en hélicoptère a retrouvé les deux hommes sains et saufs et les a transportés vers l’aéroport local, où ils ont pris l’avion vers Baïkonour à bord d’un avion de la NASA afin d’y subir des tests médicaux.

Incident grave

L’événement, le plus grave dans l’histoire de la Station spatiale internationale, jette un nouvel éclairage sur un historique en matière de sécurité pourtant enviable pour le Soyouz.

La seule autre occasion où l’équipage a dû annuler un vol s’est produite en 1975, lorsque les deuxième et troisième étages d’une fusée Soyouz n’ont pas pu se séparer, entraînant l’activation du système d’annulation automatique.

L’enquête, décrite par le comité responsable du dossier comme une enquête criminelle, survient quelques semaines seulement après que Roscosmos eut été forcée de lancer une autre enquête à propos des origines d’un trou foré dans la paroi d’une capsule Soyouz maintenant amarrée à la station spatiale.

Thomas Reiter, un vétéran de la station spatiale et conseiller auprès du directeur général de l’Agence spatiale européenne, indique que les fusées Soyouz seront désormais clouées au sol jusqu’à ce que l’enquête identifie la source du problème, et que des correctifs soient apportés. « Combien de temps sera nécessaire pour reprendre les vols? Difficile à prédire », souligne-t-il. Il ajoute toutefois que les récentes enquêtes sur les lancements de satellites ratés ont nécessité deux mois en moyenne.

« Il faudra maintenant retravailler le calendrier de lancement », poursuit M. Reiter. Si les trois astronautes déjà à bord de la station spatiale disposent de grandes quantités de nourriture, d’eau et d’oxygène, le gel des lancements de Soyouz signifie forcément que le calendrier des missions habitées sera profondément chamboulé, tout comme les priorités des astronautes. La majorité de leur temps est consacré à des expériences scientifiques, mais ils devront peut-être consacrer davantage d’heures à l’entretien de la station.

Le ravitaillement peut toujours être envoyé en orbite à l’aide d’une capsule de SpaceX. Si les astronautes sont aux prises avec une urgence, ils peuvent revenir sur Terre à bord de la capsule Soyouz qui y est amarrée. « Ils ont encore leur canot de sauvetage », souligne M. Reiter.


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