FNC 2018 – Cutterhead, en mode survie

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Que se passe-t-il lorsque trois personnes que tout sépare se retrouvent coincées dans un espace exigu et que, minute après minute, l’issue devient de plus en plus funeste? Il s’agit du thème exploité par Rasmus Kloster Bro dans le thriller danois Cutterhead, un huis clos déconseillé aux claustrophobes.

Présenté dans le cadre du FNC en première nord-américaine, Cutterhead est le premier long métrage du réalisateur Rasmus Kloster Bro, un habitué des courts métrages. L’histoire se déroule entièrement sur les chantiers d’une ligne de métro à Copenhague, au Danemark. Dès les premiers instants, la caméra suit Rie (Christine Sønderris), une chargée de relations publiques venue documenter l’opération, appareil photo et carnet de notes à la main.

Elle descend sous terre rejoindre un monde glauque, peuplé d’étroits passages, où la boue et la sueur font le quotidien de nombreux travailleurs, uniquement des hommes et migrants pour la plupart. Dans cet univers multiethnique, la langue d’usage est l’anglais. Un anglais bien souvent plus ou moins bien maîtrisé.

L’attitude de Rie détonne dans ce lieu quelque peu sinistre et pourtant, elle questionne sereinement les hommes les uns après les autres. Plusieurs ne sont pas suffisamment habiles en langue anglaise pour lui répondre adéquatement et la plupart du temps, elle leur met carrément les mots dans la bouche.

Rie rencontre ensuite Ivo (Kresimir Mikic) un mineur croate et Bharan (Samson Semere), un ouvrier érythréen qui s’apprêtent à mener une opération de forage. Une sirène d’alarme retentit, puis tout devient noir. Panne de courant. C’est à ce moment que tout bascule. Le contremaître qui supervise l’opération lui indique où se rendre, mais ne connaissant pas bien les lieux, Rie panique. L’homme la plaque alors dans un sas de décompression adjacent à celui où sont enfermés les deux ouvriers.

Et la suite? Elle est fortement déconseillée aux claustrophobes.

Ambiance asphyxiante et confiance chancelante

Trois êtres d’âges et d’origines différentes et avec un bagage personnel et culturel aux antipodes l’un de l’autre se retrouvent alors dans un espace exigu sans possibilité de s’échapper. Derrière la porte, un incendie s’est déclaré. Ils doivent mettre leur vie entre les mains de parfaits étrangers. Peuvent-ils se faire confiance ?

Le film est tourné en grande partie en huis clos dans une ambiance hautement tendue et qui devient de plus en plus toxique à mesure que l’air se raréfie. Rie a du mal à maîtriser son angoisse. Si au départ, Ivo tentait de se faire rassurant, il cède peu à peu lui aussi à la panique. Au cœur du sas de dépressurisation, le protagoniste principal devient alors l’instinct de survie.

Survivre, mais à quel prix?

Et dans tout bon drame où la survie évolue de manière à constituer finalement le moteur de l’histoire, il n’y a ni bons ni méchants. Le huis clos devient de moins en moins subtil. L’expérience, même pour le spectateur, en est une particulièrement physique et malaisante. Les sons amplifiés et les jeux de la caméra mettent résolument l’accent sur l’ambiance d’attente sans fin et d’instinct de survie primal vécue par les personnages.

Ils sont chacun leurs raisons de ne pas vouloir périr. Ils ont également chacun des motifs pour s’entretuer. L’homme ne peut pas faire confiance à l’homme.

Si ce huis clos a lieu dans un endroit inusité, le récit de Cutterhead et sa fin sont, somme toute, relativement prévisibles dans cette optique. Dans ce thriller qui traite de questions d’immigration par la bande et qui balaie rapidement les notions d’impasse européenne, on a l’impression que l’aspect politique du film n’est que factice. On salue l’interprétation juste de Kresimir Mikic, mais quant au jeu de Christine Sønderris, on a du mal à y croire. Elle surjoue pratiquement du début à la fin. Samson Semere prouve qu’il est capable de faire fluctuer nos préconceptions au sujet de son personnage, mais manque un peu d’aplomb.

Et au final, qu’en retire-t-on? On respire toujours mal, dans un sas de décompression.

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Cutterhead

Scénario de Mikkel Bak Sørensen, Rasmus Kloster Bro

Version originale anglaise, Danemark, 84 minutes, 2018


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À propos du journaliste

Émilie Plante

Rédactrice web, geek au tempérament artiste, Émilie est une touche-à- tout qui carbure au café et aux activités culturelles. Éternelle étudiante, elle détient un baccalauréat en histoire de l’art, une maîtrise en muséologie, a quelques cours en communication et en gestion derrière la cravate ainsi qu’un doctorat honorifique en « flattage » de chats. Depuis 2009, elle écrit pour des blogues d’entreprises ou des sites traitant de sujets divers (univers geek, communication, féminisme, musique techno, technologies) et est journaliste culturelle depuis plusieurs années. Ses sujets de prédilection sont le cinéma, la danse contemporaine, les arts visuels, la muséologie et… sans doute aussi les chats.

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