Profession: aimer le vin

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Marie-Hélène Boisvert aime le vin. L’expression est un peu vague, certes, mais force est d’admettre qu’au fil des années, celle qui est entre autres gestionnaire de communauté pour la Société des alcools du Québec (SAQ) a continuellement renforcé et développé son amour des bonnes choses, qu’elles soient charnues, fruitées ou encore aromatiques.

« J’ai vu mon père s’organiser des dégustations de vins avec ses amis; je trouvais ça beau, le temps qu’il prenait à analyser. Ils étaient un peu des nerdz« , mentionne Mme Boisvert, attablée dans un restaurant du Plateau-Mont-Royal.

De cette influence paternelle, elle extraira, pendant un passage à la fonction publique fédérale, ce désir de ranimer sa passion pour le vin, mais surtout d’en vivre. « J’aidais des entreprises, des commerces et des organismes communautaires à se structurer sur le web. En fait, j’ai commencé à donner des ateliers sur l’utilisation des réseaux sociaux, je commençais à décrocher d’autres contrats liés à ces services, et j’ai décidé de lâcher mon travail de fonctionnaire pour me lancer à plein temps » dans la gestion de communauté, mentionne Mme Boisvert.

« Quand j’étais fonctionnaire, je m’emmerdais au travail, alors une fois mes tâches accomplies, j’allais sur Twitter pour lire des articles sur le vin et je les repartageais, j’adorais Twitter pour ça. C’est un peu Twitter qui m’a amenée dans le vin. »

Avec des cours de sommellerie en poche, Marie-Hélène Boisvert s’est spécialisée en « réseaux sociaux et vin ». Depuis, la spécialiste cumule divers contrats liés au domaine vinicole, y compris environ sept ans comme gestionnaire de communauté à la SAQ.

Sur Facebook et Twitter, Mme Boisvert répond aux questions des internautes, et anime également, tous les dimanches, une question sur le vin adressée au public. « C’est moi qui s’occupe des publications plus ciblées pour les connaisseurs. »

La spécialiste préfère d’ailleurs les interactions plus poussées avec les passionnés: « Quand on demandait ce qui était la découverte vin du weekend, je sortais mes livres de geeks et on parlait de cépages, de croisements, ça me stimulait. Le plaisir est autre, maintenant. J’essaie d’intéresser les gens à sortir de leur zone de confort. »

Photo: courtoisie

Un marché qui se développe

Selon Mme Boisvert, le Québec est un endroit enviable pour les amateurs de vin. « Ici, on connaît le vin plus qu’on ne le pense, puisque nous avons accès à des vins provenant de partout dans le monde. Les gens sont de plus en plus curieux. »

Ce serait même le cas, dit-elle, pour les fameux milléniaux – ou millénariaux, c’est selon. Ceux-ci s’intéressent à des vins « plus rares, provenant de régions moins connues, des vins orange, des vins de cépages weird ou obscurs », et moins à des cépages ou des noms déjà largement connus « qui intéressaient leurs parents, dans le fond », mentionne Mme Boisvert.

D’ailleurs, souligne cette dernière, il se fait du bon, voire de l’excellent vin au Québec. « Le vin (d’ici) a beaucoup commencé dans les années 1980. Aujourd’hui, les vignes sont plus vieilles, les cultivateurs connaissent davantage les techniques, ils font appel à des œnologues… Je pense qu’ils développent une expertise qui est plus intéressante qu’avant. »

Mme Boisvert croit par ailleurs que les producteurs seront appelés à fournir des informations précises sur les caractéristiques de leurs produits, puisque « les consommateurs commencent à comprendre davantage ce qui se passe ».

Mieux renseigner, voilà d’ailleurs ce que souhaite faire Marie-Hélène Boisvert, qui a accepté un contrat visant à faciliter la vente des vins du Québec. « Même les spécialistes du vin ne connaissent pas les vins du Québec; sur les sols du Québec, il y aura un gros travail de recherche; sur les cépages, également », dit-elle, avant de soutenir que « s’il est possible de parler de cépages européens », entre autres, il est difficile d’en faire autant avec les cépages d’ici.

« On travaille fort contre le préjugé voulant que les vins du Québec ne soient pas bons. »

Garder l’oeil ouvert

En plus de son travail sur les réseaux sociaux, Mme Boisvert cherche à se garder constamment informée des nouveautés dans le domaine du vin. Publications spécialisées, contacts fréquents avec des experts et expertes du milieu – y compris des oenologues d’ici… Il y a toujours plus d’informations à apprendre, plus de précisions à aller chercher, plus de choses à découvrir.

« Au début, quand je voyageais, tout le monde avait un langage de dégustation que je ne comprenais pas, ça me tapait sur les nerfs. J’avais appris le domaine en français, et j’avais donc de la difficulté à m’exprimer en anglais. »

La spécialiste a donc suivi des cours, et envisage d’en suivre davantage, afin de continuer son perfectionnement.

Mais à quoi bon devenir ultraspécialisée dans un milieu souvent considéré comme étant déjà réservé à un petit groupe de personnes? « Je ne sais pas ce que je veux faire quand je vais être grande », lance Marie-Hélène Boisvert, avant d’éclater de rire. « Je pense que j’aimerais ça enseigner. J’ai un côté extroverti qui n’est pas assez utilisé », dit-elle en riant de nouveau.


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À propos du journaliste

Hugo Prévost

Cofondateur et rédacteur en chef de Pieuvre.ca, Hugo Prévost se passionne pour le journalisme depuis l'enfance. S'il s'intéresse surtout à la politique, à la science, à la technologie et à la culture, Hugo n'hésite pas non plus à plonger tête première dans les enjeux de société, l'économie ou encore les loisirs et le tourisme. Hugo est également membre de l'équipe éditoriale de Pieuvre.ca.

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