Londres accuse Moscou d’avoir ordonné une série de cyberattaques « sans merci »

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The Guardian

Le gouvernement britannique a directement accusé le renseignement de l’armée russe d’être responsable d’une série de « cyberattaques menées sans merci et sans discrimination » effectuées sous les ordres du Kremlin de Vladimir Poutine, y compris le piratage, en 2016, du siège social du Comité national du Parti démocrate américain.

Cette affirmation est le précurseur à l’annonce de futures révélations, par le renseignement britannique, sur l’implication de l’État russe dans l’empoisonnement de l’ex-agent double Sergueï Skripal à Salisbury.

Dans une déclaration sans précédent, le ministre des Affaires étrangères, Jeremy Hunt, a affirmé que le National Cyber Security Centre (NCSC) avait découvert qu’un certain nombre de pirates bien connus qui ont mené des attaques un peu partout sur la planète travaillaient pour le renseignement de l’armée russe, le GRU. Il a ajouté que leurs attaques avaient été lancées avec l’accord du Kremlin.

Le gouvernement britannique a soutenu que les attaques avaient été menées « en violation flagrante du droit international, ont touché des citoyens dans un grand nombre de pays, y compris la Russie, et avaient coûté des millions de dollars ».

Le Foreign Office a attribué six attaques spécifiques aux pirates soutenus par le GRU, et a identifié 12 noms de code de groupes de pirates comme servant de couverture au GRU – Fancy Bear, Voodoo Bear, APT28, Pawnstorm, Sednit, CyberCaliphate, Cyber Berku, BlackEnergy Actors, STRONTIUM, Tsar Team et Sandworm.

Les assertions du gouvernement britannique remplissent une promesse de la première ministre Theresa May consistant à révéler l’ampleur des impacts du GRU dans la foulée de l’empoisonnement de M. Skripal, plus tôt cette année. L’ex-agent double était lui-même membre du GRU depuis 1979, avant de faire défection du côté des Britanniques.

« Détermination » britannique

Le gouvernement britannique s’est montré particulièrement agressif pour identifier les deux hommes soupçonnés de s’être rendus à Salisbury pour y empoisonner M. Skripal et sa fille, Ioulia, comme étant des agents des renseignements russes. Les explications officielles de la Russie pour justifier la présence des deux hommes à Salisbury ont été largement ridiculisées, provoquant des tensions au sein du gouvernement russe à propos de la mauvaise gestion de cette affaire.

Dans sa déclaration Londres a, pour la première fois, identifié les quatre cyberattaques comme étant de source russe. On y trouve entre autres une attaque menée en octobre 2017 à l’aide du rançongiciel BadRabbit, qui a paralysé les réseaux informatiques du métro de Kiev, de l’aéroport d’Odessa, de la Banque centrale russe et de deux médias russes.

Parmi les autres attaques attribuées pour la première fois à la Russie, on note le piratage, en 2017, de fichiers médicaux confidentiels d’athlètes internationaux stockés dans des serveurs de l’Agence mondiale antidopage, des attaques contre une petite station télé britannique et, finalement, le piratage du Comité national démocrate en 2016.

Deux autres attaques précédemment attribuées à la Russie ont également été soulignées dans la déclaration des autorités britanniques.

La cyberattaque contre le siège du Parti démocrate, qui a eu un impact majeur sur l’élection présidentielle américaine de 2016, a souvent été attribuée aux Russes, mais il s’agit de la première occasion où les renseignements britanniques lient l’affaire à Moscou.

« Têtes brûlées »

Selon M. Hunt, « ces cyberattaques ne servent aucun objectif en matière de sécurité nationale, et vont plutôt nuire à la capacité des gens à vivre leur vie quotidienne ».

« Les actions du GRU sont irresponsables et font feu de tout bois: les pirates tentent de saboter des élections à l’étranger, et ils sont même prêts à viser des compagnies et des citoyens russes. Ce mode opératoire démontre leur désir d’agir comme des têtes brûlées, sans respect du droit international ou des normes établies, et d’agir de la sorte avec un sentiment d’impunité et sans penser aux conséquences. »

Selon le professeur Malcolm Chalmers, qui collabore au groupe de réflexion Rusi, spécialisé en défense, estime qu’en fonctionnant de la sorte, les pirates du GRU « font disparaître les différences entre la guerre et la paix ».

L’avertissement du Foreign Office survient alors que les États-Unis se préparent à organiser des opérations de cyberdéfense au nom de l’OTAN. L’Alliance atlantique a fait connaître son intention de créer un centre de cyber-opérations visant à coordonner les cyberactivités de l’OTAN, y compris en intégrant les capacités des États membres au sein des opérations de l’alliance.

Lundi soir, l’ancien conseiller britannique en matière de sécurité nationale Mark Lyall Grant a affirmé que les cyberattaques représentaient désormais l’une des principales menaces envers la survie de l’ordre libéral mondial.

Les nouvelles allégations devraient être réfutées par la Russie, qui parlera de propagande occidentale, mais M. Lyall Grant a soutenu que le président Poutine serait stupéfait par l’ampleur des informations révélées sur les agissements de ses services de renseignement.


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Pieuvre.ca