Google vise « le prochain milliard d’utilisateurs » en Inde

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The Guardian

Pour consulter Instagram à la maison, Laveena doit se percher sur la balustrade, le bras tendu, et espérer que le signal soit suffisamment fort pour que son téléphone prenne vie.

Plusieurs fois par jour, elle doit, à contrecoeur, partager son téléphone avec son petit frère, pour qu’il puisse discuter avec ses amis via l’application WhatsApp.

Comme la plupart des Indiens, cette étudiante universitaire vivant à Jaipur, dans le Rajasthan, manque fréquemment d’espace sur son appareil.

Alors que Laveena décrit ces problèmes, une équipe de Google est assise dans son salon et prend des notes. Pour les grandes compagnies technologiques de la planète, les habitudes numériques d’une femme indienne de 22 ans sont plus importantes que jamais.

Puisque le marché de la téléphonie sans fil dans les économies développées parvient au point de saturation, Google, Facebook, Amazon et les autres se tournent vers les marchés en croissance d’Asie et d’Afrique.

L’Inde est particulièrement gâtée en la matière, comptant le deuxième plus grand nombre de téléphones intelligents du monde, avec plus de 330 millions d’appareils en circulation, et la plus grande population pas encore branchée de la planète, soit plus d’un milliard de personnes en 2016, selon la Banque mondiale.

« Nous croyons que l’avenir d’internet ressemble au prochain milliard d’utilisateurs », affirme Josh Woodward, gestionnaire de produits chez Google, et dont l’équipe analyse les futures tendances en termes d’utilisation des téléphones intelligents.

« Nous nous demandons: si vous conceviez des produits pour Mumbai, et non pas pour le siège social de Google, que construiriez-vous? »

Réseau social à l’indienne

La plus récente réponse à cette question est Neighbourly, le premier réseau social de Google d’inspiration indienne, et la plus récente tentative de contrer Facebook et WhatsApp dans un marché internet qui, prédit-on, dépassera 800 millions de personnes d’ici trois ans.

L’application, qui est offerte dans certaines villes du sous-continent, a été développée à la suite de mois de recherche dans les gares, marchés et salons indiens. De là, deux tendances ont vu le jour.

La première est que les Indiens consomment, travaillent et créent des liens à une distance d’un ou deux kilomètres de leur maison. La deuxième est que le rythme effréné de l’urbanisation en Inde – plus de 416 millions de personnes vivront dans des villes d’ici 2050, comparativement à 255 millions en Chine, selon des prévisions de l’ONU – a un impact social flagrant, menant des millions de personnes dans des quartiers inconnus aux prises avec des transformations rapides.

Neighborly sert ainsi de bulletin paroissial virtuel, les utilisateurs pouvant échanger avec leurs voisins sur des questions urgentes ou encore banales, allant de demandes d’aide à des demandes pour des sorties au restaurant.

Le volume de données mobiles consommées par les Indiens a bondi depuis septembre 2016, lorsque l’homme le plus riche du pays, Mukesh Ambani, est apparu sur le marché avec une offre impossible à battre: appels et données gratuites pendant six mois, et le forfait le moins cher du pays par la suite.

Avec le lancement de sa compagnie, les données mobiles indiennes sont devenues les plus abordables de la planète. Un gigaoctet de données est maintenant vendu pour quelques sous. Selon une firme de recherche indépendante, TeleGeography, le volume moyen de données consommées par un Indien à tous les mois a triplé ces deux dernières années, pour atteindre 2,5 gigaoctets.

« Le nouveau pétrole »

À l’image de Google, la compagnie de M. Ambani, Jio, vise à séduire la majeure partie de ce milliard d’utilisateurs, et les données qu’ils vont consommer. « Les données sont le nouveau pétrole, et les données intelligentes sont la nouvelle essence », a affirmé M. Ambani, alors qu’il s’apprêtait à lancer son service 4G.

Impossible de connaître, pour l’instant, la façon dont les entreprises stockeront et utiliseront un tel réservoir d’informations, avance Osama Manzar, dont la Digital Empowerment Foundation vise à brancher les villages les plus éloignés.

« Tout le monde voit l’Inde comme une mine d’or de données, alors le gouvernement doit voir comment il peut protéger ses citoyens avec des politiques », dit-il. Un projet de loi national sur la protection des données personnelles est en cours de rédaction.

Google a jusqu’à maintenant éviter les erreurs de Facebook, dont le programme visant à brancher gratuitement les citoyens à une version limitée du web, appelé Free Basics, a été décrit comme du « colonialisme numérique » et a été jugé comme violant la neutralité du web.

L’entreprise a récemment été critiquée pour son application indienne destinée aux paiements, dont les conditions d’utilisation permettait de partager les informations de paiement des clients avec d’autres produits Google.


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