Appel à la clémence pour Idlib, pour éviter un « cauchemar humanitaire »

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The Guardian

Le secrétaire des Nations unies Antonio Guterres a demandé à la Russie, l’Iran et la Turquie de « ne pas ménager quelque effort que ce soit pour trouver des solutions visant à protéger les civils » à Idlib, et a affirmé qu’il était « absolument essentiel » d’éviter une bataille à outrance dans la dernière province syrienne sous contrôle rebelle.

« Cela entraînerait un cauchemar humanitaire encore jamais vu depuis l’éclatement de la guerre civile sanglante en Syrie », a-t-il confié à la presse.

Environ 3,5 millions de personnes sont entassées dans Idlib et les zones alentour; la moitié de ces gens auraient fui des régions reprises à l’opposition par le régime.

Le gouvernement syrien et des avions de guerre russes ont entamé des frappes dans Idlib, la semaine dernière, possiblement en prévision d’une offensive générale pour reprendre la région. Damas et Moscou disent viser des groupes terroristes.

« Je comprends que la situation actuelle à Idlib n’est pas viable à long terme, et que la présence des groupes terroristes ne puisse être tolérée. Mais combattre le terrorisme n’absout pas les parties impliquées de leurs obligations fondamentales en matière de droit international », a poursuivi M. Guterres.

Appel à un cessez-le-feu

Les commentaires du secrétaire général surviennent après que la Turquie eut relancé son appel à un appui international en faveur d’un cessez-le-feu, déclarant au Conseil de sécurité qu’un assaut entraînerait une gigantesque vague de réfugiés et pourrait menacer l’Europe.

La Russie avait réclamé la tenue de la rencontre pour informer les membres d’un sommet tenu avec l’Iran et la Turquie à propos des plans militaires visant à reconquérir Idlib.

« Il ne fait aucun doute qu’une opération militaire de grande envergure entraînerait une catastrophe humanitaire de grande ampleur », a fait savoir l’ambassadeur turc, Feridun Sinirlioglu.

D’autres frappes et bombardements déclencheraient « une vague massive de réfugiés et de graves problèmes de sécurité pour la Turquie, le reste de l’Europe et au-delà », a-t-il ajouté.

La Turquie, qui a dépêché des troupes à Idlib et soutien certains des groupes armés, a réclamé un cessez-le-feu immédiat et pressé la communauté international « de soutenir activement nos efforts à cette fin ».

La Russie et l’Iran ont toutefois rejeté cette demande.

100 frappes aériennes

L’ambassadrice américaine aux Nations unies, Nikki Haley, a affirmé que les forces syriennes, appuyées par la Russie et l’Iran, avaient déjà effectué 100 missions de bombardement sur Idlib, ce mois-ci, et que leur seul but était une « conquête militaire sanglante d’Idlib ».

Mme Haley a laissé planer la menace de graves conséquences en cas de lourd bilan humain si l’assaut allait de l’avant. « Le monde les tiendra pour responsables », a-t-elle ajouté.

Le Royaume-Uni et la France ont appuyé cet appel au cessez-le-feu, précisant qu’il y avait bel et bien eu un accord pour une « zone de désescalade » à Idlib, le tout sous supervision russe, iranienne et turque.

Moscou et Téhéran ont insisté sur le fait qu’une offensive militaire à Idlib serait une opération de contre-terrorisme, et que des mesures seraient adoptées pour protéger les civils.

« Nous ne pouvons permettre à des terroristes de garder des centaines de milliers de personnes otages et de s’en servir comme boucliers humains à Idlib », a affirmé l’ambassadeur russe, Vassili Nebenzia.

L’envoyé russe en Syrie a toutefois indiqué mardi qu’il en reviendrait à séparer les terroristes des éléments plus modérés de l’opposition.

« Nous disons que la situation à Idlib devrait préférablement être réglée pacifiquement. Il est possible d’éviter le recours à la force militaire », a laissé entendre Alexander Lavrentiev à la presse à la suite de discussions à Genève avec le délégué onusien pour la Syrie, Staffan de Mistura.

« La province d’Idlib est… une sorte de zone sous responsabilité de la Turquie; il leur en revient de séparer l’opposition modérée des extrémistes, de Jabhat al-Nusra et d’autres groupes, d’autres groupes terroristes », a-t-il ajouté.


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