Oslo, une grande soirée chez Duceppe

1

C’est tout un défi de créer et de maintenir un suspense, dans une pièce de théâtre comme dans un récit, quand tout le monde sait comment l’histoire finit. Ce défi a été relevé haut la main par l’équipe qui joue et qui réalise Oslo, à l’affiche en ce moment et jusqu’au 13 octobre, chez Duceppe.

Oslo, c’est d’abord une histoire improbable, presque incroyable et un texte solide de J. T. Rogers, livré ici dans une traduction de David Laurin. Chez Duceppe, c’est aussi une mise en scène d’Édith Patenaude, précise, minutieuse, sans surprise, mais sans ennui non plus : efficace quoi. C’est aussi une ambiance sonore très présente, parfois angoissante et toujours pertinente, installée par deux musiciens sur scène : Mathieu Désy et Kevin Warren.

Oslo c’est ensuite, et surtout, une performance d’acteurs et d’actrices. D’abord Emmanuel Bilodeau (qui joue un peu Emmanuel Bilodeau, mais pas trop) et Isabelle Blais, qui interprètent avec beaucoup de souffle et de conviction, les rôles de deux Norvégiens inconnus qui ont la folle idée de mettre en place des pourparlers secrets, pour faire avancer les négociations de paix entre Israël et la Palestine. Cette idée, hautement impensable par tout le monde sauf par eux, finira par se réaliser. Les deux compères réussiront à réunir quelques idéalistes bien décidés à faire bouger les choses, quitte à s’asseoir à la même table que leur ennemi juré, quitte à pardonner ce qui paraissait impardonnable.

Cette histoire, dramatique à souhait, est présentée avec une pointe d’humour, quelques clins d’œil au quatrième mur et un peu de bouffonnerie: il faut bien laisser respirer un peu l’auditoire.

Oslo c’est aussi des performances remarquées de Manuel Tadros en ministre de l’OLP, d’Ariel Ifergan en Yossi Bellin, Jean-Moïse Martin en Uri Savir et de Jean-François Casabonne en un sublime Shimon Peres.

Les deux bémols que nous avons notés sont un soupçon trop de bouffonnerie et plusieurs sons inattendus lorsque des comédiens heurtaient leur micro. Mais c’est trop peu pour amoindrir la satisfaction profonde d’avoir assisté à du très bon théâtre, à du grand théâtre. S’il reste des billets, hâtez-vous de vous en procurer.


Autres contenus:

Les barbelés: paroles déchirantes

Partagez

À propos du journaliste

Martin Prévost

Martin Prévost fréquente la scène culturelle montréalaise depuis plus de trente ans. À titre de chroniqueur culturel, il a collaboré au magazine Paraquad durant deux ans et il est un fidèle de Pieuvre.ca depuis ses débuts. Ses intérêts vont du design à la danse contemporaine en passant par les arts du cirque, la musique du monde, la littérature, le théâtre, les arts visuels et le cinéma. Musicien amateur, il consacre la plupart de ses interventions pour Pieuvre.ca à la musique classique, de la musique de chambre à l’opéra.