No Choice, la dure réalité du libre choix des femmes

0

S’il est de notoriété publique que le Canada n’est pas le « plus meilleur pays du monde », une citation peut-être attribuée à la blague à l’ex-premier ministre Jean Chrétien, on aurait pu croire qu’après la légalisation du droit à l’avortement par la Cour suprême, en 1988, les femmes d’un océan à l’autre auraient rapidement eu accès à des services d’avortement. Or, dans différentes provinces, y compris à l’Île-du-Prince-Édouard, cela ne devint une réalité qu’en 2016, écrit la journaliste Kate McKenna dans No Choice, paru ce printemps chez Fernwood Publishing.

Province où l’on estime que les choses sont habituellement tranquilles, l’Île-du-Prince-Édouard, avec sa forte population chrétienne (catholique et protestante), a ainsi très longtemps résisté à la décision du plus haut tribunal du pays.

À l’effervescence des années 1980 – avec un rappel particulièrement minutieux, dans le livre, des tactiques employés par des groupes religieux pour nommer des membres zélotes au sein des conseils d’administration des rares hôpitaux offrant des services d’interruption de grossesse – a succédé un certain découragement dans les années 1990 et durant la première décennie des années 2000. Les efforts d’Henry Morgentaler lui-même, « père » du droit à l’avortement au pays, n’auront pas permis de casser le moule de la société insulaire.

De fait, le gouvernement, bien forcé de respecter la loi, inventa un système abracadabrant permettant d’envoyer des femmes enceintes dans d’autres provinces, à la condition de respecter plusieurs exigences en apparence draconiennes.

Le système était non seulement tortueux et particulièrement compliqué – en plus d’être discriminatoire envers les moins bien nanties, qui devaient manquer des journées de travail pour aller se faire avorter dans une autre province -, mais l’État a activement tenté de ne pas diffuser d’informations sur les étapes à franchir pour obtenir un avortement.

Il faudra l’optimisme un peu fou d’un groupe de jeunes femmes en 2011, dont l’auteure elle-même, ainsi qu’une poursuite intentée contre le gouvernement, pour que l’Île-du-Prince-Édouard abandonne finalement le « statu quo » et décide d’entrer dans le 21e siècle.

Substantiel sans être trop lourd, complet mais non complexe, ce retour historique sur une période pas si lointaine rappelle tristement que les normes sociales progressent parfois à pas de tortue au pays. Il suffit de regarder le chef conservateur Andrew Scheer faire des pieds et des mains pour assurer que sa formation ne veut pas rouvrir le débat sur l’avortement, alors que ses délégués semblent clairement désireux de le faire, pour constater que le droit d’une femme à disposer de son corps comme elle l’entend ne fait pas que des heureux, et que ce qui passe pour une évidence pure et simple pour une majorité de la population est toujours menacé par les réactionnaires de tout acabit.

Un livre touchant, dont la lecture est essentielle.


Autres contenus:

Littérature – Une affaire non classée

Partagez

À propos du journaliste

Hugo Prévost

Cofondateur et rédacteur en chef de Pieuvre.ca, Hugo Prévost se passionne pour le journalisme depuis l'enfance. S'il s'intéresse surtout à la politique, à la science, à la technologie et à la culture, Hugo n'hésite pas non plus à plonger tête première dans les enjeux de société, l'économie ou encore les loisirs et le tourisme. Hugo est également membre de l'équipe éditoriale de Pieuvre.ca.

Répondre