Mile 22: à cent à l’heure

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Incroyable, mais vrai: Mark Wahlberg et Peter Berg en sont déjà à leur quatrième collaboration avec l’un à la réalisation et l’autre au-devant de la caméra. Après avoir atteint un sommet fort intéressant avec l’ambitieux Patriot’s Day, ils retombent toutefois plus bas, avec Mile 22, dans un chaos dont on aimerait se déprendre bien plus rapidement qu’il ne nous en sort.

Sorte de gros ramassis d’éléments retrouvés dans des films d’action à succès des dernières années, Mile 22 qui veut plus que tout débuter une trilogie, si ce n’est une franchise, n’a toutefois pas grand-chose de bien nouveau ou de très personnel à raconter pour justifier de pied ferme son existence.

Dans un rôle un peu plus exigeant qu’à l’habitude, Wahlberg se retrouve dans la peau d’un autiste surdoué recruté par l’État dans un programme secret du gouvernement. Déjà, on semble reconnaître les grandes lignes de The Accountant, à la différence que notre protagoniste n’est pas comme le personnage discret qu’incarnait Affleck. À l’image de son acteur, il est impulsif et explosif et manie les mots comme les balles d’une mitraillette sortant des répliques mordantes qui sortent des sentiers battus.

Ensuite, après une scène d’ouverture particulièrement stressante et intuitive, le film nous positionne constamment sur le vif avec un inquiétant sentiment d’impuissance et d’inconnu, rappelant rapidement ce que Sicario réussissait à nous faire vivre. Il y a même des personnages féminins assez féroces, mais rien pour damer le pion à Emily Blunt évidemment. Ajoutons à cela la présence costaude de Iko Uwais pour y inclure des chorégraphies de combats assez poussées et habiles et mieux justifier l’idée d’une trilogie, comme John Wick, lui qui fait justement partie des The Raid dont le troisième épisode devrait un jour nous être offert.

Enfin, histoire de camoufler la minceur du scénario, ses incongruités, et essayer de relever sa surprise finale qui est assez prévisible, on tortille la chronologie et la narrativité, pour faire un peu comme McQuarrie, qui lui-même imite Nolan. De quoi voir s’imbriquer plusieurs narrations et lignes temporelles avec des revirements qui impressionnent autant que dans Miss Sloane (donc pas vraiment).

L’une des affiches du film.

Bien sûr, on applaudit le sentiment d’urgence, cette course contre la montre qui ne nous donne pas de répit et cette durée, épatante, d’à peine cent minutes. Certes, il reste encore deux volets (si tout va bien) pour pleinement étirer la sauce, mais cette courte durée est à l’avantage du film qui nous achèverait certainement s’il durait plus longtemps.

Malheureusement, l’empressement généralisé de l’ensemble donne aussi droit à ce qui pourrait bien être le pire montage qui nous ait été de voir dans un film d’action depuis très longtemps. Hyperactif et incompréhensible, le montage est complètement incohérent et trop intense, forçant certainement le mal de tête et le mal de cœur, enlevant tout le prestige aux séquences d’action musclées que le long-métrage possède. Pourtant, bien des offrandes d’action ont fini par comprendre que de prioriser les longues prises démontre une meilleure maîtrise et une élégance certaine, mais ici on nous ramène en arrière avec une vision archaïque de l’action ou plus de plans signifierait plus d’action. De quoi revivre Quantum of Solace, à notre plus grand désarroi.

Enfin, beaucoup plus mineur qu’il ne semble le penser, avec une distribution de prestige décidément réduite si l’on compare aux autres films tournés récemment, il s’agit surtout d’une autre vitrine pour mettre en vedette Wahlberg, mais sa collaboration avec Berg semble décidément faire défaut ici puisqu’ils n’arrivent décidément pas à nous convaincre que ce projet est définitif et pas du tout comme l’aspect brouillon qu’ils nous livrent sans gêne.

Reste alors à espérer, avec toutes ces portes ouvertes pour les suites, qu’avec un peu de chance, ils arriveront peut-être à nous livrer leur The Raid 2 au second tour de piste. Comme quoi qui ne rêve pas un peu est sûrement déjà mort.

5/10

Mile 22 prend l’affiche en salles ce vendredi 17 août.


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À propos du journaliste

Jim Chartrand

Jim Chartrand est bachelier de l'Université de Montréal en Études cinématographiques. Il gère également un département Superclub d'une succursale Vidéotron. Et il adore la culture avec le plus grand C que vous pouvez imaginer. En fait, s'il n'avait pas autant de fatigue de sa sage vie remplie, il consommerait encore davantage de ces nombreuses drogues de l'art et du divertissement pour mieux vous en parler. Puisque avouons-le, rien ne lui fait plus plaisir que de conseiller et guider les autres, même si ses avis ne font pas toujours l'unanimité. Il se fait donc un plaisir semaine après semaine de vous offrir des textes sur tous plein de sujets qui le passionnent entre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et...

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