Moscou est accusée de piéger les jeunes protestataires en ligne

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The New York Times

Des centaines de manifestants ont défilé dans le centre-ville de Moscou, mercredi, pour protester contre un nombre grandissant d’arrestations de jeunes Russes accusés d’extrémisme pour du contenu partagé ou stocké sur des réseaux sociaux.

Affrontant une forte pluie d’été, les contestataires ont rejoint ce qui est appelé la Marche des mères. Ils ont ainsi manifesté leur inquiétude selon laquelle ils ne pouvaient pas protéger leurs enfants adolescents contre ce que plusieurs considèrent comme étant une importante campagne visant à piéger des jeunes en ligne menée par les Services fédéraux de sécurité, ou FSB, et d’autres agences de sécurité.

« Liberté! », ont scandé les protestataires lorsqu’ils sont arrivés devant la Cour suprême après avoir marché, majoritairement en silence, au milieu de l’un des grands boulevards du centre de Moscou.

Alexeï A. Makarov, un professeur de 33 ans, a affirmé que le fait de piéger des jeunes rappelait les tactiques de l’Union soviétique du début des années 1950, lorsque sa propre grand-mère avait été arrêtée à l’âge de 17 ans, en lien avec des accusations de participation à un groupe politique illégal.

« Répression »

« Nous sommes engagés dans un mouvement pour accroître la répression, pour réprimer toute activité civique et politique dans ce pays », a affirmé M. Makarov, qui transportait un petit toutou en forme de rhinocéros. Plusieurs manifestants transportaient de tels animaux factices, particulièrement des licornes, pour symboliser que leur marche portait sur la protection des enfants.

Dans le cadre de ce qui est devenue une tactique de plus en plus populaire en raison du refus, de la part de la Ville de Moscou, d’émettre des permis de manifester, l’événement était une « marche de protestation ».

Les participants marchaient par petits groupes et évitaient de brandir des pancartes ou des banderoles, en plus de largement s’empêcher de scander des slogans, histoire d’empêcher la police de les accuser de participer à une manifestation illégale. Lors de l’événement, la police se trouvait en retrait, et n’a pas tenté de mettre fin à la manifestation.

La cause immédiate de la manifestation est l’arrestation, en mars, de deux jeunes femmes moscovites, Anna Pavlikova, 18 ans, et Maria Dubovik, 19 ans, sous des accusations d’extrémisme. Certaines personnes sont en colère à propos du fait que les deux femmes, en mauvaise santé, sont détenues sans possibilité de libération sous caution.

Selon les procureurs, ces femmes faisaient partie d’une cellule planifiant de renverser le gouvernement. Huit hommes ont également été arrêtés.

Inventions

Les parents accusés et leurs avocats accusent le gouvernement d’avoir inventé des preuves pour que les jeunes puissent être inculpés en vertu de la loi anti-extrémisme.

Les deux femmes, toutes deux amoureuses des animaux, utilisaient le service de communication crypté Telegram pour rencontrer des amis, particulièrement de petits amis, ont avancé les parents et les avocats dans un épais dossier mis sur pied par Mediazona, un service d’information en ligne.

L’an dernier, les accusées ont laissé un homme plus âgé rejoindre leur salle de clavardage, et celui-ci a progressivement fait dévier le groupe vers la politique, louant un bureau, achetant une imprimante et rédigeant un manifeste d’opposition au gouvernement. Ce même homme a ensuite remis un témoignage de dix pages contre les accusés, mais n’a jamais été officiellement identifié dans les documents remis en cour.

Selon la défense et les familles, ce témoin mystérieux était un agent du FSB, qui a succédé au KGB.

Dans les heures précédant la manifestation, des responsables ont déposé un appel en cour pour que les jeunes femmes soient transférées en résidence surveillée, mais plusieurs contestataires affirment que le geste visait à les empêcher de se mobiliser.

« C’est une affaire inconcevable contre des enfants, et c’est pourquoi les gens réagissent », a lancé Ioulia Pavlikova, la mère d’Anna, à des journalistes présents à la manifestation. « J’espère vraiment qu’ils nous ont entendus, qu’ils nous ont vus et que quelque chose est enclenché. Les enfants ne devraient pas être emprisonnés, surtout lorsqu’ils ne sont pas coupables. »

Questionné mardi à propos de la multiplication des cas d’extrémisme, le porte-parole du président russe Vladimir Poutine, Dmitri Peskov, a affirmé que de tels cas dépassaient « les limites de la raison ».

L’ombudsman des droits de la personne, nommée par le Parlement, ainsi que le président de la Commission des droits de la personne ont tous deux réclamé la libération des deux jeunes femmes en attendant leur procès, sans succès.

Démultiplication

Des centaines de cas similaires, liés aux médias sociaux, se sont mis à apparaître dans l’ensemble du pays. Le nombre d’accusations d’extrémisme a atteint 1521, l’an dernier, par rapport à 656 en 2010, selon des statistiques gouvernementales.

Le gouvernement russe a adopté la loi en 2003, alors qu’il luttait contre une violente insurrection islamiste, plus particulièrement dans le Caucase du Nord. La criminalisation du contenu en ligne est survenue en 2014.

L’offensive contre les jeunes a débuté en 2017, après que ceux-ci s’eurent manifesté en grand nombre lors de rassemblements antigouvernementaux organisés par le leader de l’opposition Alexeï Navalny, selon des avocats, des militants des droits de la personne et d’autres sources.

« Le gouvernement combat la dissension – toute critique de l’État ou de l’Église est impossible », soutient Alexeï Bouchmakov, un avocat de la défense ayant participé à plusieurs poursuites à l’échelle provinciale.

Une fois que quiconque est arrêté pour extrémisme, leur nom est ajouté à un registre national d’extrémistes et de terroristes, ce qui les empêchent d’avoir une vie normale. Ils ne peuvent souvent pas avoir d’emploi, obtenir de prêts ou accéder librement à des services bancaires.


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