Controverse au New York Times: quand Twitter revient vous hanter

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The Guardian

La semaine dernière, moins de 24 heures après avoir annoncé que Sarah Jeong rejoignait le comité éditorial du New York Times, la journaliste s’est retrouvée coincée dans une controverse liée à la nature du racisme. 

De vieux tweets dans lesquels Mme Jeong, anciennement journaliste pour le site technologique The Verge, et d’origine coréenne, a critiqué et s’est moquée des Blancs ont été retrouvés par un blogue de l’extrême droite géré par Jim Hoft.

L’un de ces tweets se lit comme suit: « Oh mon dieu c’est un peu dégoûtant de constater à quel point j’aime être cruelle envers les vieux hommes blancs. » Un autre se détaille plutôt ainsi: « Les Blancs sont-ils prédestinés à brûler plus rapidement au soleil, et sont-ils donc logiquement uniquement capables de vivre sous terre comme des gobelins qui grognent? »

M. Hoft a publié les tweets de Mme Jeong sur Gateway Pundit, un blogue de l’extrême droite qui publie régulièrement des articles complètement faux qui viennent appuyer l’administration Trump. M. Hoft a ainsi publié un certain nombre de faux articles sur la santé d’Hillary Clinton et de prétendues manipulations électorales des démocrates, et le site a affirmé qu’une vidéo montrant un suprématiste blanc fonçant avec sa voiture dans des manifestants à Charlottesville avait été inventée par l’État. Le Gatewat Pundi a obtenu une accréditation pour la Maison-Blanche peu de temps après l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, et M. Hoft assiste régulièrement aux points de presse.

Termes « regrettés »

Le Times a décidé de garder Mme Jeong à son emploi, mais a indiqué par voie de communiqué qu’il n’approuvait pas son langage, disant qu’il n’était pas acceptable pour le quotidien new-yorkais.

La journaliste a publié sa propre déclaration dans le cadre de laquelle elle a collé une capture d’écran de messages racistes qu’elle a reçus sur Twitter et expliqué qu’elle « imitait le langage de ses harceleurs », et que les tweets étaient de la « satire ». Mais elle a aussi indiqué qu’elle regrettait les mots qu’elle avait employés.

Sa réponse a provoqué la colère de la droite, y compris de Mike Huckabee et de Rod Dreher, qui ont accusé la journaliste d’être raciste envers les Blancs. Dans un furieux éditorial lors de son émission sur la chaîne Fox News, Tucker Carlson a soutenu que le New York Times avait fait siennes « la victimisation raciale, les punitions collectives et la pureté morale basée sur le sang » en défendant Mme Jeong.

M. Carlson a ajouté que les libéraux avaient redéfini le racisme pour qu’il soit impossible d’être raciste envers les Blancs. « Existe-t-il vraiment un groupe de gens si répugnant, si moralement répugnant qu’ils ne soient pas vraiment humains? » a-t-il demandé.

« Humour »

Les défenseurs de Mme Jeong, y compris l’auteur Ijeoma Oluo, affirment que les tweets de la journaliste n’étaient pas racistes, et qu’elle « utilisait l’humour pour riposter à la connerie déversée par les suprématistes blancs contre les femmes de couleur ».

Selon ce qu’écrit The Guardian, les tweets de Mme Jeong découlent d’un genre, à l’image de la série Dear White People diffusée sur Netflix, qui souligne les façons dont les minorités ethniques peuvent être exclues par la société blanche.

Mme Jeong écrivait précédemment pour des publications à saveur technologique comme The Verge et Motherboard, où le lectorat plus jeune comprenait probablement qu’elle ne déclenchait pas une guerre raciale, mais qu’elle cherchait plutôt à relâcher la pression. Jeudi dernier, The Verge a publié une déclaration défendant la journaliste et blâmant des « trolls numériques » cherchant à faire congédier des gens, disant qu’ils agissaient de mauvaise foi.

L’expérience de Mme Jeong, à la fin de la semaine dernière, souligne de quelle façon l’extrême droite déterre des publications problématiques sur les médias sociaux pour tenter de faire congédier leurs opposants.

Dans un message antisémite sur le forum 4chan, un utilisateur qui semble avoir découvert les tweets de la journaliste a affirmé qu’ils ne tentaient pas de la faire congédier, mais de forcer le Times à la défendre afin de « réveiller les normaux » pour que ceux-ci prennent conscience de ce que cet internaute dit croire être les véritables intentions des médias « anti-Blancs dominés par les juifs ».

Avec la transformation et la « militarisation » des médias sociaux, où les publications peuvent servir de motif pour ruiner la carrière de quelqu’un, la société se retrouve aujourd’hui, écrit encore The Guardian, dans une situation où des trolls antisémites et un blogue d’extrême droite publiant des mensonges peuvent accuser une journaliste asiatique de racisme. Lorsque son employeur la défend, de grands noms de la droite récupèrent cette controverse pour alimenter les tensions raciales et affirmer que les libéraux sont racistes.


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