Les Romains chassaient-ils les baleines?

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The Guardian

De vieux os trouvés autour du détroit de Gibraltar portent à croire que les Romains ont pu entretenir une importante industrie de la chasse à la baleine, affirment des chercheurs.

Ces os, qui remonteraient aux premiers siècles de notre ère, ou qui pourraient être plus vieux, sont des restes de baleines grises et de baleines franches de l’Atlantique nord, deux espèces côtières migratoires que l’on ne trouve plus dans les eaux européennes.

Selon les chercheurs, cela suggère non seulement que ces baleines ont pu être nombreuses autour de l’entrée de la Méditerranée à l’époque des Romains, mais que ceux-ci ont pu les chasser.

Les scientifiques ajoutent que les Romains n’auraient pas disposé des technologies nécessaires pour piéger les espèces de baleines que l’on trouve aujourd’hui dans la région, des cachalots ou des rorquals communs qui vivent plus éloignés des côtes, ce qui signifie que la chasse à la baleine a pu être une activité à laquelle les archéologues et les historiens ne portaient pas attention.

« Ce sont les espèces côtières qui font toute la différence », affirme la Dre Ana Rodrigues, l’auteure principale de l’étude menée par le Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive (CEFE), en France.

La baleine franche était autrefois très répandue dans l’Atlantique nord, avec des zones de reproduction au large de la côte nord de l’Espagne, et au nord de l’Afrique de l’Ouest, mais a été chassée par les pêcheurs basques médiévaux, entre autres, et ne se retrouvent plus, aujourd’hui, que dans l’ouest de l’Atlantique nord. Les baleines grises, elles, ont disparu de l’Atlantique nord durant le 18e siècle, et ne trouvent plus que dans le Pacifique.

Jusqu’à de récentes découvertes, impossible de savoir si ces baleines avaient autrefois vécu près de la Méditerranée: la région est située suffisamment au sud pour que les animaux puissent mettre bas après s’être nourries dans des zones plus nordiques. S’il existe une poignée de documents attestant de la présence de baleines franches dans la Méditerranée, la seule observation fiable de baleines grises date de 2010, et pourrait être le fait d’un animal provenant du Pacifique.

Selon l’équipe de recherche, les os, combinés à d’autres preuves, laissent croire que les baleines auraient même pu venir mettre bas dans la Méditerranée.

La Dre Vicki Szabo, une experte en histoire de la chasse à la baleine de la Western Carolina University, explique que l’étude offre un rare aperçu des anciens habitats des baleines, et vient appuyer des idées voulant que la chasse industrielle pourrait s’être produite beaucoup plus tôt qu’estimé, bien que son ampleur demeure inconnue. « Les baleines sont considérées comme étant archéologiquement invisibles parce que très peu d’os sont transportés de la rive vers des sites plus permanents, alors je pense que dans ce contexte, cette concentration d’espèces était importante », a-t-elle ajouté.

Au dire de Mark Robinson, professeur d’archéologie environnementale à l’Université d’Oxford, voilà une décennie que l’on suggère que des sites romains où l’on a trouvé des filets, dans la région, pourraient être liés à la chasse à la baleine. « L’auteur grec Oppian, au 2e siècle de notre ère, a décrit des baleines étant chassées dans l’ouest de la Méditerranée au moyen d’un harponnage à la surface, en plus d’utiliser des tridents et des haches pour les tuer, en les attachant ensuite aux navires pour les ramener sur la rive. »

De son côté, la Dre Erica Rowan, une archéologue classiciste du Royal Holloway, à l’Université de Londres, croit toutefois que même si l’étude sous-entend que l’habitat des baleines s’étendait probablement jusqu’à inclure la région de Gibraltar, il n’est pas possible de savoir avec certitude si les mammifères marins étaient nombreux, et si les Romains pratiquaient une chasse industrielle, à l’image de leur exploitation du thon, puisque l’étude ne comprend, entre autres, qu’une poignée d’os remontant à des périodes s’étendant sur plusieurs centaines d’années.

« Je crois que si ces baleines étaient présentes en nombre suffisant, et étaient chassées à une échelle industrielle, nous disposerions de plus de preuves, peut-être pas en matière de restes biologiques, mais plutôt du côté des artéfacts et des sources littéraires », estime-t-elle. « Les Romains mangeaient une énorme variété de poissons et de fruits de mer, et si les baleines étaient exploitées et exportées à grande échelle, alors elles sont étrangement absentes de plusieurs discussions. »

Mme Rodrigues se montre toutefois plus optimiste à propos des impacts de cette découverte. « Je crois que cela peut changer notre perspective sur l’économie romaine. »


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