Brexit: après le départ de ses ministres, Theresa May en eaux chaudes

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Reuters

La stratégie de sortie de l’Union européenne annoncée en fin de semaine dernière par la première ministre britannique a provoqué lundi les démissions du ministre chargé du Brexit, David Davis, et du secrétaire au Foreign Office, Boris Johnson.

Le plan mis au point vendredi dernier lors d’un séminaire gouvernemental à la villégiature de Theresa May, et qui paraîtra jeudi sous la forme d’un « livre blanc », a suscité la colère des plus farouches partisans de la rupture avec Bruxelles.

Ceux-ci s’estiment trahis par sa volonté de maintenir des relations commerciales aussi étroites que possible avec l’Union.

Malgré les assurances de May, le consensus au sein du gouvernement n’aura même pas tenu trois jours.

S’exprimant lundi après-midi à la Chambre des communes, la première ministre a pourtant gardé le cap et renvoyé la balle dans le camp de l’UE, affirmant que les propositions faites jusqu’ici par les Vingt-Sept étaient « inacceptables », ce qui fait sérieusement craindre un Brexit « dur », sans accord.

Elle a défendu sa propre stratégie tout en signalant qu’elle était prête à accélérer les préparatifs en vue d’une sortie sans accord si l’UE refuse de discuter “sérieusement” ses propositions, qui sont pour elle les meilleures envisageables.

Elle a reçu le soutien total de son ministre des Finances, Philip Hammond. Celui-ci a salué un plan « qui place l’emploi au premier plan et assure la prospérité de notre nation ».

« Colonie européenne »

En annonçant sa démission tard dimanche soir, David Davis a expliqué qu’il ne voulait pas être “un conscrit réticent” au service de ce plan de sortie de l’UE qu’il juge « dangereux ».

Accusant la première ministre de « céder trop, et trop facilement » aux Européens, il a été remplacé par Dominic Raab, jusqu’alors ministre du Logement et considéré comme un partisan convaincu du Brexit.

Le sous-secrétaire d’État Steve Baker, qui travaillait avec Davis, a lui aussi démissionné.

Quelques heures plus tard, Downing Street annonçait le départ de Boris Johnson de son poste de chef de la diplomatie.

« Le Brexit devait être une opportunité et un espoir », écrit-il dans la lettre de démission adressée à Theresa May. « Ce rêve est en train de mourir, étouffé par un déficit injustifié de confiance en nous », poursuit-il, dénonçant un « demi-Brexit » qui conduira selon lui la Grande-Bretagne au statut de « colonie » de l’UE.

La Première ministre s’est dite « un peu surprise » de sa démission, après l’accord qu’elle avait obtenu vendredi. Elle l’a remplacé par Jeremy Hunt, qui a voté en 2016 pour le maintien au sein de l’UE. Il était jusqu’ici ministre de la Santé, poste qui revient à Matt Hancock, son collègue de la Culture.

Sur les marchés financiers, la livre sterling a chuté à l’annonce de la démission de Boris Johnson, effaçant ses gains initiaux face à l’euro et au dollar.

Le rendement des obligations souveraines britanniques à dix ans a réduit sa progression, tombant à 1,294% contre plus de 1,31% avant l’annonce du 10, Downing Street.

À neuf mois du Brexit, Theresa May avait pourtant donné l’impression vendredi dernier, lors d’une réunion à Chequers, d’avoir convaincu tous les ministres de se rallier à son projet de « zone de libre-échange des biens » avec l’UE.

Crise gouvernementale

David Davis a estimé que les projets de la Première ministre rendraient difficile pour le Royaume-Uni de tourner le dos aux règles européennes et a dit craindre que l’UE demande des concessions supplémentaires.

D’autres députés favorables à la rupture avec l’UE ont estimé que le plan de Theresa May n’avait de Brexit que le nom et qu’il constituait une véritable trahison pour les électeurs qui ont voté pour le départ de l’UE en juin 2016.

Dans la soirée, elle a toutefois été acclamée à plusieurs reprises lors d’une réunion de son groupe parlementaire. Plusieurs élus conservateurs, dont Brandon Lewis, président du Parti, et l’eurosceptique Jacob Rees-Mogg ont en outre écarté l’hypothèse d’une motion de censure.

Beaucoup se demandent néanmoins si Theresa May sera en mesure d’obtenir le soutien du Parlement dans le cas où un accord serait conclu avec l’UE, et si des parlementaires ne seront pas tentés d’essayer de déclencher une fronde contre sa direction.

« Nouvelle fantastique. Bravo David Davis pour avoir eu le courage de démissionner », a dit sur Twitter l’élue conservatrice pro-Brexit Andrea Jenkyns. « Nous devons nous assurer qu’il y ait maintenant un véritable changement pour le Brexit. »

Dans l’opposition, Jeremy Corbyn a estimé pour sa part que le gouvernement n’était pas en mesure d’obtenir un bon accord de Brexit.

Pour le chef de file du Parti travailliste, le gouvernement May est en crise et l’avenir du Brexit est plus que jamais dans le flou.


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